Cet article date de plus de cinq ans.

Yémen: l'Arabie Saoudite appelle le Pakistan à la rescousse

Appelé à la rescousse par l’Arabie Saoudite dans sa guerre contre la rébellion houthi au Yémen, le Pakistan, puissance nucléaire sunnite régionale, a réussi à esquiver la demande par une double pirouette. Face au dernier front ouvert dans le grand affrontement entre les deux pôles sunnite et chiite de l’Islam, Islamabad a fait le choix d’une neutralité bienveillante, mais très diplomatique.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Nawaz Sharif (au centre) précise sa position sur le Yémen, le 13 avril à Islamabad. (PID / AFP )
Pour contrer la percée des combattants yéménites d’Ansar Allah (Les partisans de Dieu), accusés d’être soutenus, armés et entraînés par Téhéran, Ryad a en effet réclamé à Islamabad «des navires de guerre, des avions de combat et des soldats», pour rétablir au pouvoir à Sanaa le président élu Abed Rabbo Mansour Hadi, réfugié sur son sol.
 
Casse-tête pour Islamabad
Emanant d’un de ses principaux bailleurs de fonds, la demande saoudienne est un véritable casse-tête pour le pouvoir pakistanais. S’il est difficile de refuser un service à un allié sunnite de longue date, il l’est tout autant de s’engager dans une aventure militaire visant ouvertement des objectifs défendus au plus haut niveau par la puissante République Islamique chiite d’Iran.
 
La demande saoudienne intervient en tout cas à un moment où l’armée pakistanaise est très sollicitée. Elle est toujours fortement déployée à l’Est, le long de la frontière indienne, et engagée dans des opérations contre les rebelles talibans au nord-ouest du pays. Selon l’agence chinoise Xinhua, 1000 soldats pakistanais sont bien stationnés en Arabie Saoudite, mais ne sont pas déployés à la frontière yéménite.
 
Nawaz Sharif, funambule
En bon équilibriste, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, qui avait trouvé refuge sur le territoire saoudien après son renversement par un coup d’Etat en 1999, s’est aussitôt engagé à défendre la souveraineté du royaume si elle était menacée. Il a toutefois laissé le soin au parlement de rejeter à l’unanimité la demande d’aide en hommes et matériels et de souligner «la nécessité pour le gouvernement de poursuivre ses efforts pour une solution pacifique au conflit yéménite».
 
Même si une majorité de la population pakistanaise, à 75% sunnite, souhaite défendre l’Arabie Saoudite pour protéger les lieux saints musulmans, une intervention militaire au Yémen pourrait aggraver des relations déjà conflictuelles avec les 20% de chiites du pays. De plus, Ryad réclame des forces exclusivement sunnites, alors qu’un expert pakistanais souligne que 30% de l’armée est constituée de chiites et d’autres minorités et que toute participation mettrait en péril l’unité nationale déjà minée par des violences anti-chiites et anti-chrétiennes.

La détermination de Ryad
Parallèlement à la solidarité affichée avec Ryad, la diplomatie pakistanaise s’accorde avec Téhéran pour prôner une solution politique du conflit et s’engage pour cela à multiplier les efforts pour renouer le dialogue intra-yéménite. Mais les pétromonarchies arabes du Golfe ne semblent pas convaincues par cette option. Les Emirats Arabes Unis ont dénoncé tout autant le vote du parlement pakistanais rejetant l’aide à Ryad que l’ingérence «systématique» de l’Iran au Moyen-Orient. Le Mufti d’Arabie se serait, quant à lui, rendu au Pakistan pour convaincre les Pakistanais de se battre pour le Yémen, signe que le pouvoir saoudien est déterminé à protéger ses arrières contre la poussée iranienne dans la péninsule.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.