Un Américain disparu en Iran en 2007 était en réalité un espion de la CIA

Robert Levinson, un ancien agent du FBI disparu sur l'île iranienne de Kish, était en fait un contractuel, envoyé en mission par des agents qui n'avaient pas reçu l'aval de leur hiérarchie, selon la presse américaine. Il serait détenu par l'Iran.

Une photo non datée de Robert Levinson, reçue par sa famille en avril 2011.
Une photo non datée de Robert Levinson, reçue par sa famille en avril 2011. ( AP / SIPA )

En mars 2007, Robert Levinson, un retraité du FBI, s'envole pour l'Iran. Destination Kish, une petite île du golfe Persique, fréquentée par les touristes, les trafiquants et le crime organisé. Quelques jours plus tard, il quitte son hôtel, monte dans un taxi et disparaît sans laisser de traces. Pendant des années, les autorités américaines l'ont présenté comme un citoyen américain venu faire du tourisme. C'était une couverture. Le pseudo-touriste travaillait pour la CIA. L'agence de presse Associated Press (AP) et le Washington Post (en anglais) l'ont révélé, jeudi 12 décembre. L'affaire montre, selon ces deux médias, de "graves erreurs" commises par l'agence américaine du renseignement.

Un enquêteur privé devenu espion contractuel 

Après une carrière au FBI, Robert Levinson était devenu enquêteur privé. Ses fréquents déplacements professionnels ont intéressé des analystes de la CIA travaillant notamment sur les circuits financiers illicites. Une analyste l'a donc embauché comme contractuel pour écrire des rapports sur les informations glanées lors de ses déplacements. Mais elle n'était pas agent de terrain et n'était donc pas censée agir comme officier traitant.

Début 2007, Levinson l'informe qu'il dispose d'un informateur susceptible de le renseigner sur la corruption en Iran. Il s'agit d'un homme nommé Dawud Salahuddin, un ressortissant américain recherché par les Etats-Unis pour avoir tué un diplomate iranien en 1980. Cet homme s'est réfugié en Iran et est devenu proche de certaines franges du gouvernement. Levinson se rend donc, début mars, sur l'île iranienne de Kish, dans le Golfe, pour le rencontrer avec l'aval de l'analyste. 

Le silence de la famille a été acheté

L'opération n'avait pas été approuvée et la direction de la CIA n'était pas au courant. Mais une enquête interne la met au jour. Trois analystes chevronnés sont éjectés. Sept autres sont sanctionnés. La CIA finit par informer le Congrès, la Maison Blanche, le département d'Etat et le FBI. Mais le secret reste bien gardé. La femme et les sept enfants de Levinson reçoivent 2,5 millions de dollars (1,8 million d'euros) pour ne pas engager de poursuites susceptibles de révéler la réalité. Et pour le public, l'homme est toujours un Américain disparu lors d'un voyage privé. 

L'agence AP elle-même a gardé le secret depuis trois ans, le gouvernement américain assurant qu'il travaillait secrètement à la libération de Robert Levinson. Si l'agence de presse révèle désormais le scandale, c'est parce qu'elle estime que les négociations ont été vaines. Elle souligne aussi que les Etats-Unis n'ont reçu aucune preuve de vie de leur espion depuis trois ans. Les dernières photos et vidéos datent de fin 2010 et début 2011. Certains membres du gouvernement américain croient même que Robert Levinson est mort. Si l'homme est toujours en vie, il aurait aujourd'hui 65 ans.

Capture d\'écran d\'une vidéo où apparaît Robert Levinson, reçue par sa famille en novembre 2010.
Capture d'écran d'une vidéo où apparaît Robert Levinson, reçue par sa famille en novembre 2010. ( AP / SIPA )

L'administration Obama a regretté qu'AP ait diffusé ces informations. Sans vouloir les confirmer. "Les Etats-Unis ont toujours soupçonné, mais n'ont jamais pu prouver, que Levinson avait été enlevé par les forces de sécurité iraniennes", écrit AP.

Fin août, le secrétaire d'Etat John Kerry a demandé à Téhéran d'aider à localiser Robert Levinson. En septembre, le nouveau président iranien a affirmé sur CNN ne pas savoir où il se trouvait. Barack Obama avait même mentionné le cas de Robert Levinson, ainsi que ceux de deux autres Américains détenus, durant son coup de téléphone au président iranien Hassan Rohani fin septembre. Il s'agissait du premier contact direct entre des dirigeants des deux pays en plus de trente ans.