Syrie. L'opposition accuse le régime d'utiliser un gaz toxique

Des militants affirment que des grenades "dont s'échappe une fumée blanche" ont tué six personnes à Homs dans la nuit de dimanche à lundi. Le point sur la situation dans le pays.

Des rebelles syriens à Alep, le 21 décembre 2012.
Des rebelles syriens à Alep, le 21 décembre 2012. ( AFP )

Ce sont des grenades d'où "s'échappe une fumée blanche". Un gaz "provoquant des vertiges, de graves maux de tête ainsi que chez certains des crises d'épilepsie", aurait fait son apparition sur les terrains de combats à Homs en Syrie, selon les affirmations de l'opposition lundi 24 décembre. Les ONG accusent les forces du président Bachar Al-Assad d'utiliser cette nouvelle arme mortelle au lendemain d'une frappe aérienne de l'armée loyaliste dans la province de Hama, qui aurait fait au moins 60 morts. Francetv info fait le point sur la situation.

Utilisation d'un gaz mortel par le régime ?

Six rebelles ont péri à Homs dans la nuit de dimanche à lundi après avoir inhalé d'un gaz inodore tiré par les forces gouvernementales, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. L'ONG, qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins sur le terrain, évoque "un gaz qui se dégage sous forme de fumée blanche dès que les grenades heurtent un mur".

Le réseau de militants anti-régime des Comités locaux de coordination (LCC) a lui aussi évoqué ces grenades. "Ces gaz provoquent de graves difficultés respiratoires et le rétrécissement de l'iris", affirment les LCC. Ils ont mis en ligne une vidéo montrant un homme allongé suffoquant tandis qu'un médecin place un masque à oxygène sur son visage."C'est clair qu'il s'agit d'un gaz nocif, mais on ne sait pas de quel type de gaz il s'agit. En tout cas, ce n'est pas du gaz sarin", dit ce médecin non identifié.

Une arme "non-conventionnelle"

"Il ne s'agit pas d'une arme chimique mais nous ne savons pas si elle est interdite au niveau international ou pas", a affirmé le directeur l'OSDH. Selon lui, "les militants affirment qu'il ne s'agit pas d'une arme conventionnelle et c'est la première fois que ces symptômes sont rapportés". L'ONG, dont le siège est situé au Royaume-Uni, exhorte la Croix-Rouge internationale à envoyer immédiatement une équipe médicale spécialisée à Homs, pour établir un rapport sur l'utilisation de ce gaz.

La Syrie avait réaffirmé dimanche qu'elle n'utiliserait jamais son arsenal chimique alors que les les puissances occidentales l'ont mis en garde : l'utilisation de telles armes serait susceptible de déclencher une intervention internationale, toujours repoussée jusqu'ici en raison du veto russe et chinois. "Je ne pense pas que la Syrie se serve d'armes chimiques. Si c'est le cas, cela constituera un suicide politique du gouvernement", a déclaré le chef de la diplomatie russe dans un entretien diffusé lundi par la chaîne Russia Today.

L'opposition dénonce "le massacre d'Halfaya"

Le chef de la Coalition nationale syrienne (CNS), qui regroupe une grande partie des opposants à Assad, s'est indigné du "silence sur les massacres commis contre le peuple syrien" après le bombardement aérien, dimanche 23 décembre, devant une boulangerie dans la province de Hama, qui a fait plus de 60 morts. Les rebelles ont publié des vidéos faisant état de cet événement sanglant. "Le massacre d'Halfaya n'est pas seulement un massacre mais un message envoyé à la fois par ceux qui font partie du régime et ceux qui le soutiennent", a écrit Mouaz Alkhatib sur sa page Facebook.

La France a elle aussi réagi. "Cet acte odieux est une nouvelle preuve de la sauvagerie du régime de Bachar Al-Assad, qui ne recule devant aucun moyen pour se maintenir au pouvoir", a affirmé le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

Au mois d'août l'ONG Human Rights Watch avait accusé les troupes du régime de commettre des "crimes de guerre" en lâchant en trois semaines des bombes sur au moins dix boulangeries dans la seule province d'Alep, dans le nord du pays. L'Otan et des responsables américains accusent par ailleurs les forces syriennes d'avoir tiré des missiles de type Scud contre l'insurrection. Le conflit, qui dure depuis 21 mois, a fait plus de 44 000 morts, selon l'OSDH.

Visite de l'émissaire de l'ONU en pleine impasse diplomatique


L'envoyé spécial de l'ONU et de la Ligue arabe, l'Algérien Lakhdar Brahimi, a rencontré lundi pour la troisième fois le président syrien, Bachar Al-Assad, à Damas. Objectif : discuter d'une éventuelle solution au conflit.

Le diplomate Lakhdar Brahimi (à g.) et le président syrien Bachar Al-Assad, le 24 décembre 2012.
Le diplomate Lakhdar Brahimi (à g.) et le président syrien Bachar Al-Assad, le 24 décembre 2012. (- / SANA)

"M. Assad a exprimé son point de vue sur la situation et je lui ai fait le compte rendu de mes rencontres avec des dirigeants dans la région et en dehors", a affirmé le diplomate à l'issue de leur rencontre. Lakhdar Brahimi a récemment discuté avec les dirigeants américains et russes, dont les positions sont diamétralement opposées sur le conflit : les premiers appellent au départ de Bachar Al-Assad et les seconds continuent de soutenir le régime de Damas. Il a réaffirmé qu'il espérait un accord entre tous les protagonistes, "pour une solution à laquelle aspire l'ensemble du peuple syrien".

Sur le terrain, des jihadistes ont conquis, lundi, une grande partie d'une localité alaouite, la minorité religieuse dont est issu le président Bachar Al-Assad, dans la province de Hama dans le centre de la Syrie, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).