"Je ne comprends pas pourquoi il n'est pas rentré avec les cinq autres" : la détresse de la grand-mère d'Ismaël, orphelin de jihadistes, resté en Syrie

L'enfant faisait officiellement partie du convoi des orphelins de jihadistes rapatriés en France il y a 15 jours. Mais les autorités françaises n'ont pas réussi à le ramener. Franceinfo a rencontré sa grand-mère maternelle, qui appelle à sauver son petit-fils.

Ismaël, 2 ans et demi, faisait officiellement partie du convoi des orphelins de jihadistes rapatriés en France le 15 mars dernier. Mais il est finalement resté dans un camp du Kurdistan syrien.
Ismaël, 2 ans et demi, faisait officiellement partie du convoi des orphelins de jihadistes rapatriés en France le 15 mars dernier. Mais il est finalement resté dans un camp du Kurdistan syrien. (RADIO FRANCE)

Il aurait dû être le sixième. Ismaël faisait officiellement partie du convoi des orphelins de jihadistes rapatriés en France le 15 mars dernier, mais le petit garçon est finalement resté là-bas, dans un camp du Kurdistan syrien. Les autorités françaises n'ont pas réussi à le ramener. Depuis la France, sa grand-mère maternelle, Nadia, lance un appel déchirant à Emmanuel Macron pour le faire rentrer. Car selon elle, le petit garçon est retenu par sa grand-mère paternelle jihadiste, et serait doublement en danger. Pour le Quai d'Orsay, sur le terrain, ce n'est pas si simple.

Je ne sais pas s'il vit bien, s'il est malade, je sais qu'ils ont des difficultés pour se nourrir, il est sous une tente.Nadia, la grand-mère maternelle d'Ismaëlà franceinfo

Nadia est une femme bouleversée, qui a bien du mal à ne pas s'effondrer quand elle raconte son histoire. La douleur d'avoir perdu sa fille, Soraya, partie en Syrie, un beau matin de septembre 2014, en taxi, alors qu'elle n'avait pas 15 ans, après avoir été endoctrinée sur internet. "Elle a franchi quatre aéroports sans aucun problème, c'est fou", raconte Nadia. Soraya, mariée avec un Français, a été tuée là-bas avec son époux trois ans plus tard, dans les bombardements, lors de la bataille de Raqqa en octobre 2017. La honte aussi du regard des autres, et dans toute cette souffrance, la naissance d'un petit garçon, son petit-fils, Ismaël, "tout beau, tout mignon". Cet espoir qui permet encore à Nadia de tenir debout.

"Elle a volé ma fille, et maintenant mon petit-fils" 

Ismaël, aujourd'hui âgé de 2 ans et demi, devait rentrer. La Croix Rouge a apporté la preuve de son identité et de sa localisation, mais son autre mamie, Française convertie depuis de nombreuses années, fervente jihadiste, partie là-bas avec son fils aujourd'hui défunt, "le tient entre ses griffes", selon Nadia. "Je ne comprends pas pourquoi il n'est pas rentré avec les cinq autres, c'est un orphelin, il est tout seul, et même pire, il est avec cette dame dangereuse", s'alarme-t-elle. "Elle a déjà volé ma fille, et maintenant elle vole mon petit-fils. Pour moi c'est un bouclier, parce que sans cet enfant elle serait dans une prison", affirme NadiaUn enfant aujourd'hui doublement en danger, selon son avocate Samia Maktouf. "Malheureusement, le comportement de cette personne dangereuse, recruteuse, dans la droite ligne de l'idéologie mortifère de Daech, a empêché le rapatriement de cet enfant", affirme-t-elle.

C'est un enfant innocent, on lui doit protection et on doit le sauver.Maître Samia Maktoufà franceinfo

Effectivement, une source diplomatique confirme qu'Ismaël devait rentrer, il y avait bien une sixième ordonnance de justice. Selon Samia Maktouf, une famille d'accueil l'attendait en France. Mais sur place "il y a eu des difficultés d'un point de vue logistique, géopolitique et sécuritaire (...) les Kurdes sont souverains sur leur territoire", expliquent les autorités françaises, qui rappellent qu'elles font tout pour ramener les enfants orphelins isolés de moins de 5 ans, mais qu'il faut composer avec le principe de réalité et les difficultés sur le terrain.

>> VIDEO. Mon petit-fils, ma bataille

En attendant, Nadia, elle, continue d'en faire des cauchemars la nuit. "J'ai peur qu'elle se suicide, ou qu'elle le tue pour mourir là-bas en martyr", dit-elle, désemparée chaque fois qu'elle passe devant la porte de cette chambre qu'elle a aménagée pour son petit-fils.

En France, Nadia, la grand-mère d\'Ismaël, avait déjà prévu d\'aménager une chambre pour pouvoir accueillir son petit-fils.
En France, Nadia, la grand-mère d'Ismaël, avait déjà prévu d'aménager une chambre pour pouvoir accueillir son petit-fils. (RADIO FRANCE)

Le reportage de Gaële Joly
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