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En Égypte, les coptes préparent Pâques sous haute surveillance : "Cette année, je n'ai pas la force"

Après le double attentat sanglant commis le 9 avril dernier en Égypte, les autorités craignent de nouvelles attaques lors des fêtes de Pâques. Malgré l'état d'urgence décrété par le président, l'Église copte a décidé d'annuler une partie des célébrations prévues ce week-end.

Article rédigé par France Info, François Hume-Ferkatadji
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Le monastère de Marmina à l'est d'Alexandrie en Égypte. (MOHAMED EL-SHAHED / AFP)

Le double attentat commis le 9 avril dernier, contre des églises de Tanta et d'Alexandrie, a tué 45 personnes et traumatisé les fidèles. Résultat : pour Pâques, une majeure partie des célébrations prévues par l'Église copte ont été tout simplement annulées. Seuls la messe et les moments de prière, prévus samedi soir, sont maintenus. 

Un état d'urgence qui ne rassure pas

L'état d'urgence décrété par le président Al-Sissi se fait bien sentir, notamment au Caire, la capitale. Officiers de police, barrières et portiques de sécurité se dressent autour des églises, drastiquement surveillées. À l'église Sainte-Theresa, dans le quartier de Shubra, le prête accepte de recevoir,  à condition de ne pas parler du double attentat de dimanche dernier. L'église copte cherche toujours à éviter les polémiques et tout propos qui pourrait atteindre le gouvernement. Un peu plus loin, à l'écart du regard de la police ou du clergé, le gérant d'une des rares charcuteries de la capitale se confie sur son état d'esprit : "C'est comme si on était préparés à ces attaques, parce que c'est tous les ans", mais cette année "c'est différent", confie-t-il. 

Cette année, je n'ai pas la force de fêter Pâques. D'habitude, je mets des décorations devant mon magasin, mais cette année je ne me sens pas de le faire

Le gérant d'une charcuterie au Caire

franceinfo

Boutros, un client, reste sceptique sur le déploiement des forces de l'ordre : "Je ne sais pas... La police est là, mais nous ne comptons pas sur eux, nous comptons sur Dieu. Ils n'arrivent même pas à se protéger eux-mêmes, comment voulez-vous qu'ils nous protègent ?", s'interroge-t-il. La position des coptes d'Égypte est compliquée, avoue-t-il. Car si lui souhaite combattre les extrémistes qui distillent des discours de haine à l'égard des chrétiens, ou toute forme de discrimination encore ancrée dans la société égyptienne, il ne veut pas non plus entrer dans le jeu vicieux du groupe État islamique qui cherche à diviser la nation.

Ils ne vont pas réussir à nous diviser, entre chrétiens et musulmans, nous sommes comme des frères. C'est juste une infime partie qui est responsable de ça

Boutros, fidèle copte du Caire

franceinfo

Les coptes, cible privilégiée du groupe État islamique

Malgré les risques d'attaques, deux femmes, croisées un peu plus loin, l'assurent haut et fort : pas question de déserter les églises ce week-end. "Bien sûr nous continuerons à y aller et même encore plus souvent", disent-elles. Les attentats du 9 avril dernier, sont parmi les plus sanglants commis ces dernières années contre les coptes. En 2015, 21 fidèles égyptiens avaient été décapités en Libye par des membres de Daech. Depuis, la communauté est devenue l'une des cibles privilégiées du groupe jihadiste.

Un week-end de Pâques sous haute surveillance en Égypte - Un reportage de François Hume-Ferkatadji

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