D'anciens soldats de l'armée française veulent partir combattre l'Etat islamique en Irak

Ces vétérans se préparent à partir au Kurdistan pour rejoindre les peshmergas. "Je me suis dit que je ne pouvais pas rester là sans rien faire", explique l'un d'eux.

Capture d\'écran de la page Facebook du groupe Task Force Lafayette.
Capture d'écran de la page Facebook du groupe Task Force Lafayette. (FACEBOOK)

Ils ne sont qu'une dizaine, mais ils semblent déterminés. D'anciens soldats de l'armée française se préparent à partir en Irak pour combattre le groupe Etat islamique"On est en guerre, si la France ne veut pas m'envoyer, alors je partirai tout seul", justifie sur France Info l'un d'entre eux, sous le pseudonyme "Ach". "Je comprends même pas qu’on soit aussi passifs. Notre pays et même l’Europe ont l’air de vouloir fermer les yeux là-dessus", regrette-t-il.

Le petit groupe, dont les membres ont entre 23 et 50 ans, s'est formé il y a quelques mois. "Gekko", un ancien de l'Afghanistan, a détaillé son cheminement à Mediapart (article payant). En regardant des vidéos de propagande de l'organisation jihadiste, "[il s'est] dit qu["il] ne pouvai[t] pas rester là sans rien faire", explique le jeune homme de 25 ans. Avec un ami, il décide alors de constituer une unité, qu'ils baptisent Task Force Lafayette, du nom de la brigade française en Afghanistan de 2009 à 2012. Une page Facebook est créée pour susciter des vocations et lever les fonds nécessaires à leur entreprise. Des contacts sont pris sur place.

"Je veux aller au feu"

Leur but est de rejoindre les peshmergas, ces combattants de l'Etat autonome du Kurdistan irakien. Une fois sur place, les objectifs semblent plus flous. A Mediapart, Gekko indique que "l’objectif premier n’est pas de combattre, même si on sera amené à le faire", mais plutôt de former les combattants kurdes. "Je veux aller au feu, c’est pour cela que j’y pars", explique pour sa part Ach sur France Info.

Les deux camarades se rejoignent cependant sur le caractère "apolitique et areligieux" de leur démarche. "On n'est pas un groupe d'extrême droite, on n'est pas des Croisés (...), et les musulmans, ça fait partie des populations qu'on veut aider", se défend Ach. "On ne veut pas faire une croisade contre les musulmans. Daech est un prétexte pour des gens paumés. On veut supprimer ce prétexte et montrer qu’en France, il n’y a pas que des jihadistes", abonde Gekko.

Une "discussion informelle" avec la DGSI

Si tout se passe comme prévu, la Task Force Lafayette et son drapeau français seront à Erbil en décembre. Les deux hommes assurent n'avoir pas de contact avec les autorités françaises. Gekko mentionne une simple "discussion informelle de dix minutes" avec un agent de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). "OK, très bien, il n’y a rien d’illégal, vous n’allez pas rejoindre des terroristes", lui aurait-on dit.

Une position reprise sur Mediapart par le ministère de l'Intérieur, assortie d'une condition : ne pas être rémunéré. En France, le mercenariat est en effet puni par la loi. Le petit groupe, qui s'est adjoint les services d'un avocat, prend donc le soin de préciser qu'il ne sera pas payé par les autorités kurdes. Pour couvrir leurs frais, ils ont prévu de partir avec des caméras GoPro. Une société américaine leur aurait déjà proposé 30 000 dollars pour les images (26 850 euros). Leur "mission" doit durer entre trois mois et un an.