Cinq questions sur les enfants de jihadistes français qui viennent d'être rapatriés de Syrie

Vendredi, la France a rapatrié cinq enfants de jihadistes français car ils vivaient seuls dans des camps. Leurs parents sont soit morts, soit incarcérés en Syrie. Le ministère des Affaires étrangères a justifié cette action "au regard de la situation de ces très jeunes enfants particulièrement vulnérables".  

Une femme française et son enfant ayant fui le dernier bastion de l\'organisation jihadiste Etat islamique en Syrie, le 17 février 2019 dans le camp d\'al-Hol (Syrie). 
Une femme française et son enfant ayant fui le dernier bastion de l'organisation jihadiste Etat islamique en Syrie, le 17 février 2019 dans le camp d'al-Hol (Syrie).  (BULENT KILIC / AFP)

"On souhaite les voir le plus rapidement possible." Patrice et Lydie Maninchedda vont enfin pouvoir retrouver leurs petits-enfants. Tous les trois, ainsi que deux autres fillettes, ont été rapatriés de Syrie sur le sol français vendredi 15 mars. Ces enfants de jihadistes français ont été récupérés par des militaires dans plusieurs camps, notamment celui d'Al-Hol, au nord-est de la Syrie, et ont voyagé dans un avion militaire français avec des médecins à bord.

Franceinfo vous en dit plus sur le parcours chaotique de ces enfants et ce qui les attend dans les prochains jours. Au total, depuis quelques mois, une soixantaine d'enfants de jihadistes sont revenus en France, la plupart du temps avec un de leurs parents.

Qui sont-ils ? 

Parmi les cinq enfants rapatriés en France figurent deux petites filles de 5 ans. La première fillette avait été recueillie dans le camp d'Al-Hol par une Française qui s'en était occupée "comme si c’était sa propre fille" a indiqué Marie Dosé, l'avocate de sa famille en France. La mère de l'enfant, qui avait rejoint l'Etat islamique, est morte dans des bombardements il y a plusieurs mois. La seconde fillette se trouvait dans le camp de Roj. Son père est présumé mort depuis 2013. L’avocate de sa grand-mère, Samia Maktouf, avait déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris le 11 mars pour contraindre la France à rapatrier l'enfant. 

Trois frères ont également été rapatriés : Obeïda, 1 an, Amar, 3 ans et Saleh, 5 ans. Ce sont les trois petits-enfants de Patrice et Lydie Maninchedda dont la fille, Julie Maninchedda, ancienne étudiante lilloise, est morte en Syrie fin 2018 avec son second mari, un Marocain membre du groupe Etat islamique. Son quatrième enfant a également été tué. Le père des enfants et premier mari de Julie Maninchedda est un Allemand, ancien membre de la police de l'Etat islamique. Il a été arrêté fin janvier en Syrie et reste prisonnier des forces kurdes. 

Le couple de grands-parents français se battait depuis plusieurs mois pour que leurs petits-enfants soient ramenés en France. Ils avaient lancé un appel à Emmanuel Macron sur France Inter début février pour demander le rapatriement de leurs petits-enfants. "C'est un bonheur mais un bonheur amer parce qu'on sait qu'on n'a plus notre fille. Et puis c'est un nouveau départ. On souhaite les voir le plus rapidement possible" a réagi le couple.  

Pourquoi ces enfants-là plutôt que d'autres ? 

Si ces enfants ont été rapatriés, c'est d'abord parce qu'ils étaient seuls dans les camps syriens, sans leurs parents. "Le choix du gouvernement c'est d'abord de rapatrier les enfants orphelins" analyse l'avocate Marie Dosé sur BFMTV. Sur place, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avait aidé, en amont du rapatriement, à identifier des enfants sur place et à s’assurer qu’il s’agissait bien d’orphelins ou de mineurs isolés. Leurs avocats avaient multiplié les appels ces dernières semaines à l'intention d'Emmanuel Macron. "C'est un soulagement mais ça reste un premier pas", a indiqué Marie Dosé à franceinfo.

Le rapatriement de ces cinq enfants n'avait rien d'évident. Mercredi, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, affirmait que le retour des enfants de jihadistes français n’était "pour l’instant" pas envisagé. Quelques heures plus tard, Emmanuel Macron déclarait depuis le Kenya qu'il privilégiait une "approche au cas par cas". Dans son communiqué publié vendredi 15 mars, le ministère des Affaires étrangères a justifié sa décision en indiquant qu'elle a été prise "au regard de la situation de ces très jeunes enfants particulièrement vulnérables".  

Comment s'est organisé leur rapatriement ? 

L'opération a été maintenue secrète jusqu'au dernier moment et gérée en "cercle ultra fermé", selon les informations du Monde. D'après le quotidien, "moins de cinq personnes dans l’appareil d’Etat étaient au courant" des modalités de rapatriement. Préparée depuis plusieurs mois, l'opération a été réalisée uniquement par des moyens militaires français. Dans son communiqué, le Quai d'Orsay a remercié les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui ont "rendu possible cette issue"

L'opération a commencé jeudi 14 mars au matin dans le camp d'Al-Hol. Des combattants kurdes sont venus chercher les enfants. "Ce fut un départ précipité car les femmes qui s'occupaient d'eux n'ont pas été prévenues, ce qui a provoqué quelques inquiétudes au début" précise Emilie Baujard, reporter en Syrie de RTL. Selon Le Monde, "c’est un avion français qui aurait ainsi rapatrié ces enfants directement depuis la Syrie sans transiter par l’Irak".

Les cinq enfants sont arrivés sur le sol français à 13h30 à l'aéroport de Villacoublay, dans les Yvelines. 

Comment vont-ils ? 

Les cinq enfants "font l'objet d'un suivi médical et psychologique particulier et ont été remis aux autorités judiciaires", a annoncé le ministère des Affaires étrangères. Peu d'éléments ont été communiqués sur leur état de santé. On sait que quatre sont "à peu près en forme" mais le cinquième, "blessé", est dans "un mauvais état de santé" a indiqué une source diplomatique, affirmant qu'il pourrait être hospitalisé. 

Libération avait rencontré ces enfants en février, dans le froid et la boue du camp de déplacés d'Al-Hol. Le plus jeune, Obeïda, avait le visage strié de cicatrices à cause "d'éclats d'obus ou de roquette" qu'il avait reçu lors d'un bombardement. Le journaliste décrivait alors un enfant qui ne pouvait pas marcher : "Même à quatre pattes ; il reste assis ou couché" écrivait-il. Quant à son frère Amar, le quotidien précisait qu'il était arrivé dans le camp "couvert de bleus et n’avait presque plus de cheveux. Il était incapable de marcher". 

Que vont-ils devenir ? 

Ils font désormais, en France, "l’objet d’un suivi médical et psychologique particulier et ont été remis aux autorités judiciaires", a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans son communiqué. Plusieurs d’entre eux ont été accueillis par le département des Yvelines. Concernant les trois frères, Obeïda, Amar et Saleh, "ils seront ensuite confiés à l'aide sociale à l'enfance, dans l'attente de retrouver leurs grands-parents", a annoncé l'avocat de la famille, Martin Pradel. 

"Nous sommes heureux de savoir que nos petits-enfants sont désormais entre les mains de professionnels de l'enfance. Nous sommes des grands-parents impatients, le moment est venu de les serrer dans nos bras" ont déclaré leurs grands-parents à France 3

En Syrie, "il y a encore une centaine d'enfants français détenus dans le camp d'Al-Hol, dans des conditions sanitaires terrifiantes. Cette nuit, une enfant russe est décédée, morte de froid", s'est insurgée Marie Dosé sur franceinfo.