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Bataille de Mossoul : "La décision de la durée est dans la main des ennemis" estime le général Dominique Trinquand

La bataille de Mossoul en Irak a été lancée lundi 17 octobre. Le général Dominique Trinquand, ancien chef de mission militaire à l'ONU explique sur franceinfo pourquoi elle peut durer longtemps.

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Radio France
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Les forces irakiennes se préparent à la bataille de Mossoul le 10 octobre 2016. (MAHMOUD AL-SAMARRAI / AFP)

L'objectif de la bataille de Mossoul en Irak est de reprendre la deuxième ville du pays aux combattants du groupe Etat islamique. Après avoir été annoncée depuis des semaines, elle a été lancée ce lundi 17 octobre. Le général Dominique Trinquand, ancien chef de mission militaire à l'ONU, raconte les difficultés que vont rencontrer les forces irakiennes et les pê, soutenues par la coalition internationale composée de 60 pays, dont la France.

franceinfo : combien de temps les combats pour reprendre Mossoul des mains des jihadistes peuvent-ils durer ?

Le général Dominique Trinquand : "Un certain temps, la décision de la durée est dans la main des ennemis. Soit ils vont combattre jusqu'au bout et vont utiliser la population comme bouclier humain. Ils ont utilisé le temps qu'ils avaient pour préparer les obstacles, les mines pièges et les champs de tir et ça peut durer assez longtemps parce que le combat en zone urbaine est à l'avantage du défenseur. Soit les jihadistes ont compris que la fin est proche, que le suicide n'est pas vraiment dans leur optique et qu'ils souhaitent continuer d'autres combats, auquel cas ils économiseront leurs combattants et la bataille sera moins rude."

Est-ce-qu'on a une idée précise de ce que Daech a pu mettre en place en prévision de la bataille qui commence ?

"On a une idée par les gens qui ont quitté et qui sont tombés sur les réseaux de pièges et de mines mis en place et qui montrent qu'une grosse préparation a été faite. On a une idée aussi par l'expérience précédente à Falloujah et Ramadi [deux autres villes irakiennes]. À Falloujah en particulier, il a fallu quatre semaines pour prendre la ville, qui est beaucoup plus petite. Et, historiquement, les combats en zone urbaine, que ça soit à Beyrouth ou à Stalingrad nous donne des idées de ces choses-là. Il y a aussi les informations qui proviennent des personnes infiltrées parmi les combattants de Daech. Ceci est crucial parce que les informations électromagnétiques et visuelles sont limitées. Les jihadistes en sont revenus aux techniques primaires c'est-à-dire de se passer des ordres par des bouts de papier et des tunnels."

Les combats de rue ça signifie dire beaucoup de pertes ?

"La coalition ne peut pas se permettre d'avoir beaucoup de dégâts collatéraux, parce qu'elle critique l'action des Russes et de l'armée syrienne à Alep en Syrie. Elle ne peut pas commettre les mêmes excès à Mossoul donc ils vont devoir limiter l'effet de leurs armes c'est un point essentiel. La présence de civils, c'est un atout pour Daech, la population est sunnite et une partie occupée par les jihadistes depuis deux ans a pris fait et cause pour les jihadistes. Et aussi parce que les jihadistes se servent de façon très brutale de la population comme d'un bouclier humain. Les jihadistes peuvent aussi s'infiltrer parmi les réfugiés. La population va être filtrée par l'armée irakienne ou les Peshmerga pour essayer d'identifier les jihadistes mais ça va être compliqué parce qu'ils ne se déplaceront pas avec leurs armes et ils seront des habitants de Mossoul devenus jihadistes qui cherchent à s'exfiltrer. Ils pourraient ensuite créer des noyaux afin de continuer la guerre par d'autres moyens ailleurs en Syrie ou en Irak, voire en Europe."

Une fois Moussoul reprise, Daech aura été vaincu ?

"Non, Daech aura perdu son fief, sa citadelle qu'il avait en Irak, il restera à le vaincre en Syrie et ensuite partout dans le monde. Territorialement, Daech sera vaincu, ce qui est déjà important parce que c'est le mythe de l'Etat islamique qui sera terminé, 'l'Etat islamique au levant' n'existera plus, c'est la portée symbolique. Mais idéologiquement, il restera beaucoup de travail et la prochaine étape en Syrie ça sera Raqqa, [la capitale autoproclamée du groupe Etat islamique]."

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