Attentats du 13 novembre : deux jihadistes incarcérés en Autriche racontent leur voyage parmi les migrants

Les deux hommes, un Algérien et un Pakistanais, ont tenté de se faire passer pour des réfugiés syriens. 

Des préfabriqués dans un centre d\'enregistrement pour les migrants qui arrivent sur l\'île grecque de Leros, le 16 février 2016. 
Des préfabriqués dans un centre d'enregistrement pour les migrants qui arrivent sur l'île grecque de Leros, le 16 février 2016.  (ILIANA MIER / AFP)

Deux Irakiens, membres des commandos terroristes qui ont frappé Paris et Saint-Denis le 13 novembre, avaient rejoint l'Europe en se fondant parmi les milliers de migrants qui fuient la guerre en Syrie. Deux autres terroristes devaient participer avec eux aux attentats. Pour des raisons encore troubles, ils n'ont pas rejoint la France et ont été arrêtés à Salzbourg, en Autriche. 

Incarcérés sur place, l'Algérien Adel Haddadi et le Pakistanais Muhammad Usman ont commencé à se livrer à la police autrichienne. Dans son édition du vendredi 22 avril, le Washington Post (en anglais) a tenté de retracer leur parcours, afin d'en savoir plus sur les méthodes utilisées par l'organisation jihadiste pour faire voyager ses combattants.

Pendant leurs auditions, ils assurent être fiers de leur mission 

Selon le quotidien américain, un haut gradé de l'organisation Etat islamique a ordonné aux deux hommes de se rendre en France "pour tuer et devenir un martyr". D'après les enquêteurs qui ont recueilli le témoignage des deux suspects, Adel Haddadi, 28 ans, et Muhammad Usman, 23 ans, "étaient très heureux et fiers d'avoir été choisis pour mourir pour la cause et pour Allah"

Haddadi figurait sur une liste d'individus surveillés par les services de sécurité algérien, rapporte le Washington Post. Quant à Usman, il est suspecté d'avoir des liens avec Lashkar-e-Taiba, un groupe terroriste pakistanais, lié aux attaques de Bombay, en 2008. 

Leurs auditions ont permis à la police de remonter jusqu'à la trace de deux autres personnes, présentées comme des migrants, également arrêtées en Autriche, explique le quotidien américain.

L'identification d'un homme-clé : Abou Ahmad

Le Parisien, qui cite le Washington Post, insiste sur le rôle d'un homme, membre de l'organisation Etat islamique : Abou Ahmad. Les enquêteurs sont remontés jusqu'à lui grâce à son numéro de téléphone, retrouvé dans le portable d'un des kamikazes du Stade de France, ainsi que dans celui d'Adel Haddadi, l'Algérien arrêté en Autriche.

Opérant vraisemblablement depuis Raqqa, fief de l'organisation terroriste en Syrie, il est présenté comme le recruteur et l'organisateur des voyages des candidats au jihad en Europe. C'est grâce à lui que les quatre jihadistes se sont procurés de faux papiers, des "faux passeports confectionnés à partir d'un lot volé à l'administration syrienne", sur lesquels ont été ajoutés leurs propres photos.

Il est le logisticien qui a permis aux jihadistes de se rendre jusqu'en Turquie, d'où ils ont rejoint la Grèce en embarquant dans un bateau sur lequel avaient pris place près de 200 migrants, raconte le Washington Post. 

Des précisions sur les conditions de leurs voyages 

Dans son enquête, le quotidien américain pointe l'incapacité des autorités grecques à faire face à l'afflux de migrants, décrivant la police locale comme "plus habituée à chasser les pickpockets qu'à traquer les terroristes". Cependant, le journal révèle qu'Adel Haddadi et Mohammad Usman ont suscité la méfiance des agents de Frontex, l'agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, alors qu'ils se trouvaient sur l'île de Leros. 

"Usman, un Pakistanais, parlait mal l'arabe", improbable pour un Syrien. Quant à Haddadi, l'Algérien, il "ne savait presque rien de la ville qu'il présentait comme son lieu de naissance : Alep, en Syrie", explique le Washington Post. Frontex a donc remis les deux voyageurs suspects aux autorités grecques, lesquels les ont relaché le 28 octobre, pensant avoir à faire à des migrants économiques. 

Le 10 décembre, alors que les enquêteurs recherchent à identifier les passagers du bâteau qui a conduit les kamikazes du Stade de France jusqu'en Grèce, ils retrouvent la trace des deux hommes, alors installés en Autriche, après le dépot d'une demande d'asile, précise Le Parisien.