Attaques dans l'Aude : "Le problème, c'est que vous avez des individus qui se radicalisent dans leur chambre", affirme Roger Marion

L'ex-patron de la Division nationale antiterroriste Roger Marion estime qu'il n'y a pas eu de "ratés" dans le renseignement après les attaques qui ont eu lieu dans le département de l'Aude vendredi.

Roger Marion, ancien chef de la division nationale antiterroriste, ici en 2007.
Roger Marion, ancien chef de la division nationale antiterroriste, ici en 2007. (MAXPPP)

Le bilan des trois attaques perpétrées vendredi dans l'Aude a été porté à quatre morts et quinze personnes blessées samedi 24 mars. Ce bilan s'est alourdi avec le décès du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, mort des suites de ses blessures, dans la nuit. Interrogé sur le profil de l'assaillant sur franceinfo, Roger Marion, ancien directeur de la Division nationale antiterroriste au sein de la police judiciaire, affirme qu'il est difficile de savoir si un individu va passer à l'acte.

franceinfo : Tout indique qu'il s'agit d'une action isolée ?

Roger Marion : Absolument. Jusqu'à présent, il a agi seul puisque sa compagne est en garde à vue. Incontestablement, il était signalé et surveillé par les services de police. Une surveillance qui a été, au terme de deux années, je ne dirais pas abandonnée, mais tout au moins allégée. Ce n'est pas une erreur, parce qu'il y a tellement de signalements de personnes qui sont radicalisées, dans une région où en l’occurrence il n'y a pas de foyer islamiste bien déterminé, sauf disons dans la région de Toulouse et la possibilité de l'Espagne.

On a connu par le passé, des alertes par certains services locaux qui n'étaient pas forcément suivies.  Y-a-til des questions de coordination à mettre en place ?

Il y a des questions de coordination. Si cette personne, sous surveillance, entre en contact avec d'autres personnes potentiellement dangereuses ou sous surveillance, c'est là où on peut détecter un éventuel passage à l'acte. Le problème est que vous avez des individus, au travers des outils informatiques - que ce soit téléphones portables ou ordinateurs - qui se radicalisent dans leur chambre, qui sont en contact avec on ne sait qui. Ces gens-là, le jour où soit ils préparent une action terroriste, soit ils sont en relation avec une organisation terroriste, soit tout d'un coup ils se radicalisent et ils décident eux-mêmes de façon tout à fait immédiate, de passer à l'acte.

Comment choisit-on de relâcher ou non la surveillance pour telle ou telle personne ?

Disons que le problème de surveillance, qu'elle soit physique ou technique, c'est si elle ne permet pas de déterminer des relations avec des individus potentiellement dangereux, une appartenance à une mouvance, à une organisation, à un groupe terroriste, des signes, des perceptions de passage à l'acte, des actes préparatoires comme la recherche de l'acquisition d'un armement, d'explosifs, des contacts avec des personnes qui sont elles-mêmes sous surveillance... On a affaire à un terrorisme de masse avec des personnes qui se radicalisent et qui déclenchent un processus de passage à l'acte imperceptible, indécelable.

Y a-t-il des leçons à tirer et des questions à poser ?

Quand on dit qu'on a raté le renseignement, c'est faux puisque ce terroriste a été décelé, identifié, surveillé et à partir de ce moment-là, rien n'a permis de percevoir le passage à l'acte. Quels sont les signes ? Quels sont les critères ? Comment percevoir un état psychologique de passage à l'acte ? C'est la détermination, ce sont les signes extérieurs.