Vols Paris-Téhéran : les hôtesses d'Air France ne veulent pas être obligées de porter le voile

Fermée en 2008, la liaison entre les capitales française et iranienne va être rétablie le 17 avril.

Une hôtesse d\'Air France, le 25 juin 2014, lors de l\'exposition \"Air France, France is in the Air\", à New York (Etats-Unis).
Une hôtesse d'Air France, le 25 juin 2014, lors de l'exposition "Air France, France is in the Air", à New York (Etats-Unis). (TIMOTHY A. CLARY / AFP)

C'est une conséquence directe du réchauffement diplomatique entre l'Iran et les puissances occidentales entamé après l'accord sur le nucléaire. Huit ans après sa fermeture, la liaison Air France entre Paris et Téhéran va être rétablie le 17 avril. Si la compagnie aérienne juge la nouvelle "excellente", du côté des hôtesses de l'air, l'ambiance est moins enthousiaste. Des femmes membres du personnel navigant en cabine (PNC) rechignent en effet à porter un voile sur les cheveux, comme la loi iranienne l'exige depuis la révolution de 1979.

"Les hôtesses doivent avoir le droit de refuser cette mission"

En théorie, le personnel féminin peut choisir entre un uniforme avec une jupe, et un autre avec un pantalon. Mais dans le cadre de la réouverture de la ligne Paris-Téhéran, nous avons reçu un mémento interne expliquant que les femmes seraient obligées de porter un pantalon, une veste longue, et de se voiler les cheveux dès la sortie de l'avion.François Redolfi, secrétaire adjointe de l'Unsa PNCà francetv info

Les représentants du personnel assurent être conscients de la nécessité de respecter les lois du pays où ils atterrisent. "Nous ne sommes pas dans la polémique : ce n'est pas notre rôle de porter un jugement sur le port du voile en Iran", continue la même source. "Ce que nous dénonçons, c'est la contrainte : les hôtesses doivent pouvoir avoir le droit de refuser cette mission", renchérit Flore Arrighi, présidente de l'Union des navigants de l'aviation civile (Unac). 

Les organisations syndicales réclament la mise en place de ce qu'elles appellent un "nolontariat", c'est-à-dire la possibilité de refuser de se rendre à Téhéran sans retenue de salaire, de mention dans le dossier professionnel ou de déstabilisation dans les plannings.

Air France explique "respecter les coutumes" des pays desservis

Du côté de la compagnie Air France, on affirme être à l'écoute des salariés. Plusieurs réunions ont été organisées avec les syndicats et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'entreprise afin de "trouver le meilleur compromis" sur ce sujet. Mais on souligne que les règles iraniennes sont imposées à toutes les autres compagnies aériennes, et que "la tolérance et le respect des coutumes des pays que nous desservons font partie des valeurs de l'entreprise".

En Arabie saoudite, les hôtesses de l'air doivent ainsi, comme toutes les femmes, porter une abaya (robe longue qui couvre tout le corps), mais elles ne sont pas tenues de se voiler le visage, contrairement aux Saoudiennes. La compagnie rappelle enfin que l'article L1121-1 du Code du travail interdit les atteintes aux libertés individuelles, mais seulement lorsque ces restrictions ne sont "pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir, ni proportionnées au but recherché", ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

La ministre des Droits des femmes alertée

"La direction assure être à l'écoute, mais elle campe sur ses positions, déplore Françoise Redolfi. On nous rappelle que la situation était la même avant 2008, lorsque la liaison existait encore, mais le contexte général est bien plus sensible qu'à l'époque : de nombreuses 'navigantes' sont entrées en contact avec nous pour nous signifier qu'il était hors de question qu'elles soient obligées de se voiler."

A l'issue d'une d'une réunion organisée vendredi 1er avril entre la direction de l'entreprise et les élus du CHSCT, la direction de la compagnie aérienne a assuré qu'une "analyse était en cours" et qu'une décision serait prise en début de semaine. En attendant, l'Unac a décidé d'alerter Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, sur les exigences d'Air France, qui n'ont, selon le syndicat, "rien de professionnelles" et sont "vécues comme de véritables atteintes à la dignité" des femmes membres du PNC.