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Pourquoi Israël s'indigne de l'accord sur le nucléaire iranien

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, qualifie cet accord d'"erreur historique". Le texte prévoit pourtant un contrôle accru du programme nucléaire iranien.

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Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, le 24 novembre 2013, à Jérusalem. (ABIR SULTAN / AFP)

L'Iran et les grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) sont parvenus à un accord sur le nucléaire iranien, dimanche 24 novembre à Genève. Salué par une grande majorité de la communauté internationale, le texte provoque pourtant la colère de quelques pays, Israël en tête. 

"Ce qui a été conclu à Genève n'est pas un accord historique, mais une erreur historique", a pesté Benyamin Netanyahu. Rejoignant son opinion publique, qui se montre majoritairement hostile à cet arrangement, le Premier ministre israélien se positionne en décalage par rapport au reste de ses alliés internationaux. Francetv info vous explique ce qui pousse Israël à jouer les trouble-fêtes.

Une question de sécurité

C'est l'argument officiel des dirigeants israéliens. Avec cet accord, "le monde est devenu plus dangereux", lâche avec colère Benyamin Netanyahu, avant de rappeler que "le régime iranien s'était engagé à détruire Israël". Joint par francetv info, Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po Paris et auteur du livre De quelques idées sur le monde contemporain (éditions Autrement), estime que cette peur s'appuie notamment sur des éléments géographiques, puisque la "capacité balistique de l’Iran place Israël à portée de tir". Il rappelle aussi que les dirigeants iraniens ne reconnaissent toujours pas Israël et qu'ils se montrent "très violents"dans leur discours.

Contacté par francetv info, Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Université ouverte d'Israël, évoque également "un problème de sécurité nationale". Il explique que "la méfiance israélienne vient d'abord du caractère intermédiaire, et non-définitif, de l'accord" et ajoute que les différentes déclarations iraniennes "ne vont pas vraiment dans le sens d'un arrêt du nucléaire militaire". Il faut également noter que les Israéliens n'accordent aucune confiance à la parole des dirigeants iraniens. Christian Malard, consultant sur les questions diplomatiques internationales, se souvient qu'il "y a dix ans, l'actuel président iranien Hassan Rohani, qui négociait déjà le nucléaire, s'était félicité d'avoir roulé les Occidentaux dans la farine".

L'accord pose pourtant des limites claires à l'enrichissement d'uranium, rappelle Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'Iran, interrogé par francetv info. "C'est extrêmement important pour la sécurité israélienne, considère-t-il, ce qui devrait pousser Israël à accompagner l'accord et non pas à le repousser." Pour le chercheur, la réaction des Israéliens relève plus de "l'émotion" que d'une véritable problématique sécuritaire.

Une question de psychologie

"Netanyahu est méfiant de manière structurelle vis-à-vis de ses voisins, il privilégie toujours la manière forte plutôt que la diplomatie", avance Denis Charbit. Pour preuve, ce dernier rappelle la réaction israélienne empreinte de doutes après l'accord russo-américain sur la Syrie.

De son côté, Frédéric Encel évoque le "syndrome paranoïde" ou "complexe d'Auschwitz" pour déchiffrer les craintes israéliennes : "Le phénomène n'est pas nouveau et il faut prendre en compte cette différence de sensibilité par rapport aux Occidentaux", détaille le chercheur.

Pour Bernard Hourcade, c’est d’abord Benyamin Netanyahu qui a fait du nucléaire iranien un "symbole", une "nouvelle Shoah". Le chercheur estime que "les Israéliens se sont créé un scénario, le poussant jusqu’au psychodrame". Il décrit "un problème psychologique, médiatique, social", qui "demandera du temps pour être dépassé par les Israéliens".

Une question de stratégie

Frédéric Encel émet une autre hypothèse concernant la réaction des Israéliens, évoquant une posture de Netanyahu : "Est-ce qu’au fond Israël ne serait pas en train de surjouer l’indignation pour obtenir une avancée sur un autre dossier, comme sur la livraison de matériel stratégique en plus grande quantité ou dans de meilleurs délais ?" Ainsi, il ne serait pas surpris de voir la signature d'un accord entre les Etats-Unis et Israël dans les semaines à venir. 

Une autre lecture est proposée par le journaliste américain Fred Kaplan pour Slate. Selon lui, les Israéliens sont déstabilisés car "ils ne veulent pas que les Etats-Unis et d’autres grandes puissances se rapprochent de l’Iran (...). Certains Israéliens craignent qu’un tel accord ne signe un désengagement complet des Etats-Unis de la région." Bernard Hourcade prolonge le raisonnement : "Cela ressemble à une crise de dépit amoureux de la part de Netanyahu, car il s'agit de partager le gâteau américain avec d'autres puissances régionales." Pour le chercheur, Israël risque de perdre sa place centrale au cœur du Moyen-Orient.

Si Denis Charbit confirme que "tout rapprochement avec l'adversaire est toujours mal vu" par les Israéliens, il relativise en soulignant que les Américains restent fermes sur l'absence de nucléaire militaire en Iran : "Il y a un désaccord sur les moyens, pas sur la finalité." Pour lui, Israël redoute surtout "qu’un jour, les Américains se disent que l'on peut finalement composer avec le nucléaire iranien, ou alors que la question du nucléaire israélien soit posée sur la table".

Les différents observateurs sont d'accord sur un point. Israël n'a aucun intérêt à mettre à exécution sa menace d'une intervention en Iran dans les six mois à venir, délai au cours duquel les négociations pour un accord définitif vont se poursuivre. Il est plus probable qu'il tente de faire pression sur les Etats-Unis afin de modifier l'accord dans un sens plus favorable à ses yeux.

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