Nucléaire iranien : la décision de Donald Trump "montre les limites des diplomaties occidentales"

Hasni Abidi, directeur du Centre d'études de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, s'étonne mercredi sur franceinfo que les diplomaties occidentales n'ont pas réussi à anticiper la décision de sortie de l'accord sur le nucléaire iranien par les États-Unis.

Donald Trump avec le document rétablissant les sanctions contre l\'Iran après avoir annoncé le retrait américain de l\'accord nucléaire iranien, le 8 mai 2018.
Donald Trump avec le document rétablissant les sanctions contre l'Iran après avoir annoncé le retrait américain de l'accord nucléaire iranien, le 8 mai 2018. (SAUL LOEB / AFP)

La décision de Donald Trump de sortir de l'accord sur le nucléaire iranien "est une véritable rupture dans l'ordre international", a estimé Hasni Abidi, mercredi 9 mai sur franceinfo. Le directeur du Centre d'études de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève s'est étonné qu'elle n'ait pas été anticipée par "les diplomaties occidentales".

franceinfo : Est-ce que la sortie des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien risque d'affaiblir le président Hassan Rohani ?

Hasni Abidi : Tout dépendra des gages et des assurances donnés par les autres signataires qui tiennent toujours à cet accord. Et aussi, de la marche de manœuvre - réduite - du président Rohani, de maintenir à la fois des relations importantes avec les Occidentaux, à part les Américains, et surtout de continuer cette ligne réformatrice qu'il faut saluer. Jusqu'à maintenant les Iraniens suivent une politique prudente, rationnelle, basée sur l'intérêt commun à la fois des Iraniens et surtout avec les Occidentaux.

Y a-t-il un risque réel de déstabilisation de la région ?

L'Iran dispose d'alliés très importants. Le Hezbollah au Liban, c'est le maillon faible de la région au Moyen-Orient. Vous avez un autre dossier où les Iraniens sont très très importants. Il s'agit du dossier syrien, où il y a 2 000 soldats américains. L'Irak est aussi un élément important. Les Américains ont plus de 3 000 soldats en Irak et on sait que le gouvernement irakien se prépare à de nouvelles élections. Les partis pro-iraniens vont probablement gagner la mise. Sans oublier, bien sûr, le Yémen et l'espace maritime où les Iraniens disposent de terres très importantes. Il y a donc un risque, en effet, que l'antagonisme qui est déjà sur place, risque encore de devenir un affrontement militaire. Jusqu'à maintenant les Iraniens ont essayé d'éviter l'affrontement direct, mais si la situation continue, je pense qu'il n'est pas incertain que les conservateurs provoquent un affrontement direct.

Que dit la décision de Donald Trump sur la diplomatie occidentale ?

Cela dit beaucoup sur nous, sur la politique étrangère européenne. Comment n'a-t-on pas pu anticiper cette décision ? C'est un élément important. Cette décision montre en effet les limites des diplomaties occidentales qui n'ont pas réussi à imaginer le jour d'après, le coup d'après la décision de Donald Trump. Le deuxième élément c'est qu'aujourd'hui on découvre finalement que l'Amérique de Trump a de nouveaux alliés, que les alliés traditionnels des démocraties occidentales ne sont plus les vrais alliés, ou les amis de l'Amérique. On a aujourd'hui, bien sûr, Israël, mais on a aussi l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis. Et d'ailleurs les Saoudiens, la presse saoudienne, jubilent aujourd'hui en disant que grâce à Mohammed ben Salmane [le prince héritier d'Arabie saoudite], l'Amérique a abrogé cet accord nucléaire avec l'Iran, ce qui est inquiétant pour les relations atlantiques entre les USA et les Occidentaux.

Donald Trump prend-il le risque de voir un ordre mondial ou régional se construire sans les États-Unis ?

C'est une véritable rupture dans l'ordre international. C'est la première fois que l'on assiste d'abord à un échec d'un accord qui est le seul depuis la Seconde Guerre mondiale à avoir réussi à préserver la paix dans la région. Le deuxième élément, c'est que, finalement, Donald Trump met fin à la diplomatie multilatérale. C'est ce coup-là qui est, à mon avis, dur, non seulement pour les Nations unies, mais pour la diplomatie multilatérale. Aujourd'hui, non seulement l'Amérique, mais aussi le monde entier, étaient suspendus à la décision d'un seul homme. Il a réussi à désactiver tous les contre-pouvoirs internes, mais aussi marginaliser les contre-pouvoirs externes, qui sont bien sûr les Nations unies et ses alliés occidentaux.