Nucléaire iranien : les pays qui regrettent l'accord

Israël, les pays du Golfe et le Canada ne sont pas convaincus par l'accord signé entre l'Iran et les grandes puissances sur le programme nucléaire de Téhéran.

Le ministre des Affaires étrangères canadien, John Baird (G), et le président israélien Shimon Peres, le 9 avril 2013.
Le ministre des Affaires étrangères canadien, John Baird (G), et le président israélien Shimon Peres, le 9 avril 2013. (RONEN ZVULUN / REUTERS)

Alors que la majorité de la communauté internationale se félicite de l'accord intérimaire signé dimanche 24 novembre sur le nucléaire iranien, plusieurs pays ont fait part de leur mécontentement ou de leur scepticisme. Ils craignent que cet accord ne soit qu'un leurre destiné à gagner du temps, qu'il permette à Téhéran de transformer son programme nucléaire civil en programme militaire ou qu'il ne renforce la République Islamique. Francetvinfo détaille leurs argumentaires.

Israël dénonce une "erreur historique"

Sans surprise, c'est d'Israël qu'est venue la réaction la plus rapide et la plus ferme. "Ce qui a été conclu à Genève n'est pas un accord historique, mais une erreur historique", s'est emporté le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Il estime que "le monde est devenu plus dangereux, car le régime le plus dangereux au monde a fait un pas significatif vers l'acquisition de l'arme la plus dangereuse au monde". Les Israéliens ne sont pas non plus convaincus : 76,5% d'entre eux estiment que l'Iran n'arrêtera pas son programme, selon un sondage.

Le Premier ministre conservateur a précisé que l'Etat hébreu ne se sentait pas "lié" par cet accord. "Israël a le droit et le devoir de se défendre face à toute menace et je proclame, au nom du gouvernement, qu'Israël ne laissera pas l'Iran se doter de capacités militaires nucléaires", a-t-il martelé. Dans l'espoir d'apaiser les tensions, lui et le président BarackObama se sont entretenus au téléphone dimanche.

Les pays du Golfe redoutent que l'accord renforce l'Iran

Si les Emirats arabes unis ont salué l'accord, les monarchies du Golfe ont observé un silence prudent. "Dans le principe, les pays du Golfe veulent de bonnes relations avec l'Iran, explique l'analyste saoudien Jamal Khashoggi. Mais l'accord a réduit le problème avec l'Iran au seul nucléaire, alors que ses ingérences dans la région constituent un souci essentiel pour ces pays".

Le régime chiite est en effet accusé de soutenir militairement le régime du président syrien Bachar Al-Assad, alors que l'Arabie saoudite soutient l'opposition. Il est également soupçonné d'alimenter l'instabilité à Bahreïn, au Liban ou au Yémen, à travers leurs communautés chiites. "Il faut savoir si ces fonds vont être utilisés par le régime iranien pour servir son peuple ou alimenter les crises dans la région", souligne Anouar Eshki, chef de l'Institut du Moyen-Orient pour les études stratégiques, basé à Jeddah (Arabie saoudite).

Le Canada met en garde contre "la tromperie"

Mais les pays de la région ne sont pas les seuls à s'inquiéter. Le Canada a annoncé le maintien de ses sanctions contre la République islamique. "L'imposition de sanctions efficaces a amené le régime iranien à adopter une position plus modérée et à ouvrir la porte aux négociations" permettant cet accord intérimaire, a estimé le ministre des Affaires étrangères, John Baird.

Il a mis en garde une entente qui ne saurait "être bafouée ou compromise par la tromperie". Dans le cadre de l'accord, il est prévu que les sanctions soient assouplies pour une durée de six mois sur certains secteurs par les Etats-Unis et l'Union européenne. Mais toutes les sanctions commerciales et financières américaines, comme celles imposées par le Conseil de sécurité de l'ONU, restent effectives.