Iran : "L'objectif d'un nucléaire militaire devient de plus en plus précis", selon le chercheur Thierry Coville

Dans un entretien au Journal du Dimanche, le ministre français des Affaires étrangères a exprimé ses inquiétudes sur les activités nucléaires de Téhéran.

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Radio France
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Une photo distribuée par l'Organisation iranienne de l'énergie atomique le 6 novembre 2019 montre l'intérieur d'une installation d'enrichissement de l'uranium dans le nord du pays. Photo d'illustration. (HO / ATOMIC ENERGY ORGANIZATION OF IRAN / AFP)

L'Iran est en train de se doter de la capacité nucléaire, affirme le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian dans un entretien accordé au Journal du Dimanche. Il est urgent que Téhéran et Washington reviennent dans l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, selon le ministre, alors que Joe Biden arrive dans le Bureau ovale et dans la perspective d'élection présidentielle en Iran en juin prochain. "L'objectif d'un nucléaire militaire devient de plus en plus précis", a estimé dimanche 17 janvier sur franceinfo Thierry Coville, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques, spécialiste de l'Iran.

franceinfo : Pourquoi Jean-Yves Le Drian tape-t-il du poing sur la table ?

Thierry Coville : L'Europe est assez mal à l'aise sur ce dossier. Taper du poing sur la table avec l'Iran c'est bien mais il aurait fallu taper encore plus fort chez les Etats-Unis. En mai 2018, Donald Trump sort de l'accord alors que l'Iran le respecte. L'Europe a toujours soutenu cet accord, mais s'est révélée assez faible politiquement parce qu'elle a été incapable de s'opposer aux sanctions américaines. Il faudrait faire autre chose que de soutenir l'accord avec des mots.

Doit-on s'inquiéter de ce qui se passe en Iran ?

Oui parce qu'avec un enrichissement de l'uranium à 20%, l'Iran sort très clairement de l'accord sur le nucléaire de 2015. L'objectif d'un nucléaire militaire devient de plus en plus précis. D'un autre côté, je pense qu'on est plus dans une stratégie de négociations. L'Iran envoie des signaux à la nouvelle administration américaine pour leur dire de revenir le plus rapidement dans l'accord, d'annuler les sanctions imposées par Donald Trump, et qu'eux reviendront dans l'accord sur le nucléaire de 2001.

C'est donc un faux bras de fer. Est-ce une démarche étonnante de la part de l'Iran ?

C'est tout à fait logique. En mai 2018, les États-Unis sortent de l'accord et Donald Trump réimpose toutes les sanctions qui avaient été annulées en 2105. Donc l'Iran se retrouve à respecter un accord avec une économie qui s'effondre du fait des sanctions américaines. Pendant un an, ils ont respecté l'accord en demandant aux Européens de contrer les sanctions américaines.

À partir de juin 2019, ils ont pris un certain nombre de mesures pour sortir petit à petit de l'accord. Un moyen de pression, en envoyant des signaux aux Européens et aux Américains en leur disant de revenir dans l'accord. Avec une nouvelle administration américaine qui a annoncé sa volonté de revenir dans l'accord, l'Iran accentue sa stratégie de négociation avec des moyens de pression et dit aux États-Unis que s'ils ne reviennent pas ils se dirigeront vers du nucléaire militaire.

Quel était l'avenir entre l'Iran et l'Europe avant le départ des Américains ? Est-ce qu'il y avait vraiment une amélioration ?

Cet accord était très important, il garantissait un nucléaire civil en Iran jusqu'en 2025, mais il était important pour une réintégration du pays dans le système international, notamment sur le plan économique. On commençait à avoir en Iran une reprise de la croissance, une hausse des investissements et une percée des entreprises. Il y avait une ouverture économique du pays, un certain nombre de signaux positifs. C'était le premier accord diplomatique, depuis la révolution iranienne, où les États-Unis et l'Iran étaient côte-à-côte.

Quelle est la situation économique iranienne aujourd'hui ?

Depuis 2019-2020, ils ont une récession de 6% à 7%, et une inflation à 40%. En plus, l'Iran a été très touché par la crise du Covid-19. Il y a une pénurie de médicaments, parce que du fait des sanctions américaines, ils ne peuvent pas acheter tous les médicaments qu'ils veulent, et cela les pénalise dans la lutte contre le virus. Donc, la situation économique et sociale est catastrophique en Iran.

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