Iran : ce que l'on sait de l'attaque d'un complexe nucléaire qui relance les tensions avec Israël

L'attaque de l'usine de Natanz, dimanche, qualifiée par l'Iran d'acte "de terrorisme antinucléaire" de la part d'Israël, pourrait avoir des conséquences sur la tentative de relance de l'accord nucléaire iranien et la levée des sanctions américaines. Franceinfo fait le point sur cet événement et ses conséquences géopolitiques.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Une vue satellite du complexe nucléaire de Natanz, en Iran, le 8 janvier 2020. (SATELLITE IMAGE MAXAR TECH / AFP)

La situation entre l'Iran et Israël se crispe de nouveau autour du nucléaire. Après l'attaque du site d'enrichissement en uranium de Natanz, dans le centre du pays, dimanche 11 avril, l'Iran a accusé son ennemi israélien, qualifiant cet acte de sabotage de "terrorisme nucléaire", et a promis de se venger. Que s'est-il passé exactement ? Et quelles sont les conséquences de cette attaque, qui intervient en pleine reprise des négociations pour tenter de relancer l'accord international sur le nucléaire iranien de 2015 ? Explications. 

Un acte de sabotage à l'origine d'une panne électrique

Le complexe nucléaire de Natanz, à 300 kilomètres au sud de Téhéran, a été victime, dimanche, d'une importante panne électrique qui a endommagé les centrifugeuses d'enrichissement en uranium de l'une de ses usines. Ces mêmes centrifugeuses avaient été mises en service samedi. Elles offrent à l'Iran la possibilité d'enrichir plus vite et en plus grande quantité de l'uranium, dans des volumes et à un degré de raffinement interdits par l'accord censé encadrer le programme nucléaire iranien, conclu en 2015 à Vienne.

Après avoir évoqué un accident "d'origine suspecte", le régime iranien a finalement conclu à un acte malveillant. Il s'agit "sans aucun doute possible d'un sabotage", a affirmé l'agence de presse officielle iranienne Irna.

Les conditions et le mode opératoire de cette attaque, qui n'a fait aucune victime ni provoqué de fuites radioactives, restent encore flous, même si la piste d'une explosion est privilégiée. Le directeur de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) a qualifié l'attaque de "futile", alors que le porte-parole des Affaires étrangères iranien, Saïd Khatibzadeh, a indiqué qu'il était encore "trop tôt" pour déterminer les dommages matériels causés par l'attaque.

L'Iran accuse Israël de "terrorisme antinucléaire"

Dimanche, Téhéran a qualifié l'attaque de son site nucléaire de "terrorisme antinucléaire", dans un communiqué officiel du chef de l'OIEA, avant d'accuser Israël. "Avec cette action, le régime sioniste a bien sûr essayé de se venger du peuple iranien pour la patience et la sagesse dont il a fait preuve (en attendant) la levée des sanctions" américaines, a ainsi estimé lundi le porte-parole des Affaires étrangères iranien, Saïd Khatibzadeh, ajoutant que "la réponse de l'Iran sera[it] la vengeance contre le régime sioniste au moment et à l'endroit opportuns".

"C'est très probablement une action du Mossad (l'un des services de renseignements israéliens). Les Iraniens en sont persuadés, et les médias israéliens ne nient pas", affirme à franceinfo le spécialiste de l'Iran Farid Vahid, directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès. 

Une attaque qui menace les discussions autour de l'accord sur le nucléaire iranien

L'attaque du site nucléaire de Natanz intervient dans un contexte d'apaisement, et alors que des discussions sont en cours à Vienne, où l'accord international sur le nucléaire iranien avait été signé. L'objectif de ces négociations est de relancer l'accord et de rétablir le dialogue entre l'Iran et les Etats-Unis, qui ont quitté unilatéralement l'accord en 2018 sous l'administration Trump et rétabli leurs sanctions contre Téhéran. Initiées par l'administration Biden, elles ont pour but de réintégrer les Etats-Unis à l'accord international de 2015 et de lever les sanctions américaines contre l'Iran. Téhéran s'était, en effet, affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires.

"Côté iranien, cette attaque est vue comme un acte de sabotage des efforts diplomatiques entre les Iraniens et les autres signataires de l'accord (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie)", analyse Farid Vahid.

"L'attaque peut faire échouer les négociations et sert ceux qui sont contre une normalisation des relations entre les Etats-Unis et l'Iran avec la levée des sanctions américaines."

Farid Vahid, spécialiste de l'Iran

à franceinfo

De l'Iran, cette attaque est même vue comme une stratégie israélo-américaine, selon le spécialiste de l'Iran. "Les conservateurs iraniens disent que les Etats-Unis et Israël jouent au 'good cop, bad cop' (bon flic, mauvais flic)" pour faire échouer les négociations à Vienne, explique le directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès.

Le nucléaire au cœur des tensions entre l'Iran et Israël

L'attaque du site nucléaire de Natanz constitue surtout un épisode supplémentaire dans les relations très tendues entre l'Iran et Israël, ennemi de la République islamique et opposé à l'accord international sur le nucléaire iranien. En effet, ce texte "permettrait à l'Iran de retrouver une bonne santé économique, de sortir de son isolement et soutenir des milices qui menaceraient l'Etat israélien que l'Iran refuse de reconnaître", explique encore Farid Vahid.

Téhéran, qui a par ailleurs toujours nié vouloir la bombe atomique, est accusé par le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, de chercher à s'en doter, ce qui pousse Israël à multiplier les actions contre l'Iran. En juillet 2020, une usine d'assemblage de centrifugeuses avait ainsi été endommagée par une explosion à Natanz – Israël avait déjà été suspecté alors que l'Iran avait accusé Israël d'être à l'origine de l'attentat qui avait coûté la vie à Mohsen Fakhrizadeh, l'un des responsables du programme nucléaire iranien, fin novembre 2020.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.