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Accord sur le nucléaire iranien : "On peut parler de détente, pas encore de rapprochement"

Un accord historique sur le nucléaire iranien a été scellé mardi. Il marque le début d'une nouvelle ère dans les relations entre l'Iran et la communauté internationale. Le chercheur Milad Jokar analyse les répercussions de cette décision.

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Propos recueillis par - Elise Lambert
France Télévisions
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Les représentants des six grandes puissances (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) et de l'Iran réunis à Vienne (Autriche), le 14 juillet 2015, après l'accord trouvé sur le nucléaire iranien.  (CARLOS BARRIA / REUTERS)

On n'avait jamais vu ça dans l'histoire diplomatique des Etats-Unis : un secrétaire d'Etat américain envoyé en mission pendant dix-huit jours à l'étranger pour trouver un accord avec un pays ennemi de longue date... C'est dire si le compromis sur le nucléaire iranien négocié entre l'Iran et les pays du "P5+1" (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) est historique.

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Après plus de douze années de longues tractations, les puissances internationales sont enfin parvenues à trouver un accord sur l'encadrement du programme nucléaire iranien et sur la levée des sanctions contre la République islamique. 

Milad Jokar, spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient, a publié de nombreuses études sur les relations entre les Etats-Unis et l'Iran. Pour francetv info, il analyse les répercussions de ce nouvel accord sur la situation économique du pays et sur la région.

Francetv Info : Vous étiez à Vienne (Autriche) cette semaine. Dans quelle atmosphère se sont déroulées ces négociations ?

Milad Jokar : Ce qu'il y a d'historique derrière ce compromis, au-delà de son résultat, c'est la volonté d'un dialogue pacifique entre les différentes parties. A plusieurs reprises, le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif et le président Hassan Rohani ont martelé qu'il fallait négocier avec les pays occidentaux sur un pied d'égalité et dans la dignité.

Il y a eu une volonté politique très forte de la part des Etats-Unis de tourner la page d'une crise que le pays a longtemps qualifiée "d'inutile", sans laisser l'Iran pour seul perdant. Cet accord est reconnu par les Européens, les Américains, les Russes, les Chinois... mais aussi le guide suprême iranien Ali Khamenei. C'est une grande victoire diplomatique pour tout le monde.

Sauf pour Israël, qui a qualifié cet accord "d'erreur historique pour tout le monde"...

Venant de Benyamin Nétanyahou, on ne pouvait pas s'attendre à une autre réaction. Le Premier ministre israélien joue sur les peurs depuis le début des négociations en qualifiant l'Iran d'Etat voyou, de terreau du terrorisme... 

Son parti conservateur, le Likoud, a organisé une campagne de lobbying pour que l'accord n'ait jamais lieu, mais ses alliés américains sont surtout présents au sein des Républicains. Bien sûr, Barack Obama ne peut pas se mettre Israël à dos. Du coup, il a gardé ses distances durant les négociations et n'a pas prévu de se rendre en Iran dans l'immédiat.

Peut-on dire que c'est la personnalité d'Hassan Rohani qui a rendu cet accord possible ?

Sans aucun doute. Le président iranien est plus libéral et modéré que son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad. De plus, il jouit d'une forte légitimité politique. En 2013, il a remporté l'élection présidentielle au premier tour avec 51,7% des voix, alors que durant sa campagne, il prônait clairement une reprise du dialogue avec l'Occident. Pour les pays occidentaux, c'est un interlocuteur très pragmatique et expert de la question nucléaire.

Entre 2003 et 2005, lorsqu'il était négociateur en chef du nucléaire iranien, il a même accepté une suspension temporaire de l'enrichissement en uranium de son pays, soupçonné de fabriquer l'arme nucléaire... Cet épisode a provoqué son limogeage peu de temps après par le président Mahmoud Ahmadinejad.

Quels sont les changements attendus pour l'Iran ?

Cela fait plus de dix ans que la population iranienne souffre des embargos et des sanctions occidentales. Grâce à ce nouvel accord, il sera à nouveau possible de faire des transactions bancaires à l'étranger, l'inflation va baisser et le prix des biens alimentaires et matériels aussi. Les échanges commerciaux vont pouvoir reprendre... Les investisseurs étrangers commencent d'ailleurs déjà à revenir dans le pays.

Les Etats-Unis et l'Europe devraient aussi libérer les 100 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés dans leurs banques. Les caisses de l'Etat vont se remplir et les fonctionnaires vont pourvoir enfin être payés normalement. 

Et pour le Moyen-Orient ?

L'Iran, c'est l'éléphant du Moyen-Orient. C'est la seule grande puissance qui résiste dans une région minée par les guerres et rongée par l'avancée du jihadisme. L'accord sur le nucléaire iranien arrive à un moment très pressant. Les Etats-Unis ne peuvent plus se satisfaire de l'Arabie saoudite comme seul allié régional et ont besoin d'un nouvel appui pour stopper le groupe Etat islamique (EI), stabiliser la situation en Irak et en Afghanistan et lutter contre le trafic de drogue.

Sans oublier que l'avancée de l'EI représente une très grande menace pour l'Iran, seule puissance chiite de la région. Les deux pays ont donc des intérêts communs qui pourraient permettre l'écriture d'une nouvelle page dans les relations internationales.

Doit-on s'attendre à coopération future entre les Etats-Unis et l'Iran pour lutter contre le terrorisme ?

Sans doute pas dans l'immédiat. La méfiance entre les deux pays n'a pas disparu. Les Iraniens vont mettre du temps à faire confiance à la politique étrangère américaine et le vote de l'accord sur le nucléaire au Congrès ne s'annonce pas gagné d'avance. Les Républicains y sont très hostiles. On peut déjà parler de détente, entre les deux pays, mais pas encore de rapprochement.

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