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Nucléaire iranien : "Netanyahu ne bluffe pas"

Le Premier ministre israélien a affirmé qu’il était "prêt, s’il le faut" à attaquer les installations nucléaires de l’Iran. Les explications de Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem.

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Propos recueillis par - Héloïse Leussier
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire avec son cabinet, à Jérusalem, le 4 novembre 2012. (AFP PHOTO/POOL/GALI TIBBON)

PROCHE-ORIENT – Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a affirmé qu’il était "prêt, s’il le faut, à appuyer sur le bouton" pour lancer une attaque contre les installations nucléaires de l’Iran, dans une interview lundi 5 novembre à la télévision israélienne. "S'il n'y a pas d'autre moyen, Israël est prêt à agir", a-t-il affirmé sur la deuxième chaîne de télévision du pays, évoquant une attaque conventionnelle et non nucléaire. L’Etat hébreux et les pays occidentaux redoutent que le programme nucléaire iranien, malgré les démentis de Téhéran, dissimule un volet militaire.

Faut-il voir dans la  dernière déclaration de Benyamin Netanyahu une part d’exagération, pour pousser les puissances occidentales à réagir, ou en vue de séduire les électeurs à l’approche des élections législatives anticipées ? Les réponses de Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem.

Francetv info : A  quel point faut-il prendre au sérieux la déclaration de Benyamin Netanyahu  ? 

Charles Enderlin : Je suis persuadé que Benyamin Netanyahu ne bluffe pas et qu'il a réellement l'intention de lancer une frappe d'envergure sur le nucléaire iranien. C'est la mission qu'il s'est donnée. C'est aussi la conclusion irréfutable de l'excellente émission d'enquête "Ouvda", diffusée par la deuxième chaîne israélienne. Il l'a répété à plusieurs reprises très fermement.

Plusieurs participants, dont l'ancien chef du Mossad, Meir Dagan, ont révélé qu'en 2010, Netanyahu et Ehud Barak ont donné l'ordre à l'armée et au Mossad de mettre le pays en alerte "P plus", ce qui signifiait une attaque imminente en Iran. Dagan a refusé en déclarant qu'il s'agissait d'un ordre illégal car seuls le cabinet de sécurité et le gouvernement peuvent décider d'une guerre.

Depuis, dans quasiment toutes ses déclarations, Netanyahu a évoqué la menace iranienne. "Aussi longtemps que je serai Premier ministre, je ferai tout que que l'Iran n'ait pas l'arme atomique" a-t-il dit . La seule chose qui pourrait l'empêcher serait que les sanctions internationales aient de l'effet, que l'Iran interrompe définitivement son programme nucléaire.

Lors de son dernier discours devant l'assemblée générale de l'ONU, le chef du gouvernement israélien a fixé ses lignes rouges avant lesquelles il faudra agir. Il faut dire aussi que tout cela est au centre de la campagne électorale qui a débuté en Israël. Si Netanyahu est réélu le 22 janvier prochain, il pourra considérer qu'il dispose de la légitimé pour passer à l'action.

Est-ce qu'Israël a vraiment les moyens de lancer une attaque sans les Etats-Unis ? 

Oui. Les chefs militaires, selon "Ouvda", considèrent qu'ils ont les moyens de lancer une telle opération. Ils sont donc prêts, même s'ils préféreraient bien entendu que cela se fasse en coordination avec les Etats-Unis. Benyamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Ehud Barak, ont déjà annoncé à plusieurs reprises que, le cas échéant, Israël agirait seul. Ils citent Obama, qui a déclaré : "Israël a le droit d'assurer seul sa défense". Selon le Premier ministre israélien, c'est aussi ce que lui a dit récemment François Hollande.

Quelle pourrait-être la réaction des Etats-Unis en cas d'attaque ? Et serait-elle différente en cas d'élection de Mitt Romney ?

Mitt Romney est un ami personnel de Benyamin Netanyahu, qui souhaite son élection. Il a déjà déclaré qu'il soutiendra Israël de ce point de vue, même s'il a ajouté que le moment d'une opération militaire n'est pas encore arrivé. Barack Obama est opposé à une frappe israélienne, considérant qu'il faut laisser du temps pour que les sanctions fassent leur effet.

Evidemment, quel que soit le président élu à Washington, si Israël bombarde l'Iran, les Iraniens risquent de riposter sur les bases américaines dans le Golfe persique. Ils tenteront de bloquer le détroit d'Ormuz et l'Amérique sera entraînée dans la guerre. Quelles seront les pressions que la prochaine administration américaine exercera sur Israël pour ne pas être entraînée dans une telle aventure ? Il est trop tôt pour le savoir.

Retrouvez les réflexions et les observations de Charles Enderlin sur son blog.

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