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Irak : quatre questions sur le ciblage des jihadistes par les forces spéciales françaises

Selon les révélations du "Wall Street Journal", les forces spéciales françaises présentes à Mossoul mèneraient une chasse contre leurs compatriotes jihadistes. 

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France Télévisions
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Des soldats irakiens dans les rues de Mossoul, le 20 mai 2017. (REUTERS)

Présentes sur le terrain du conflit pour venir en aide à l'armée irakienne dans la lutte contre l'organisation Etat islamique, les forces spéciales françaises cibleraient des cadres jihadistes en provenance de l'Hexagone. L'information vient des correspondants du quotidien américain Wall Street Journal présents à Mossoul. Dans cet article daté du 29 mai intitulé "Les forces spéciales françaises traquent les combattants français qui se battent pour l'Etat islamique", les journalistes affirment que la France mène cette chasse depuis plusieurs mois dans le cadre de l'offensive lancée en 2016 pour libérer cette ville du nord du pays. Franceinfo fait le point sur ces révélations.

1Que révèle le "Wall Street Journal" ?

Selon les informations recueillies par le Wall Street Journal (lien en anglais et payant), qui cite des officiers irakiens, les forces spéciales auraient donné "aux troupes du contre-terrorisme irakien les noms et les photos d'environ 30 hommes identifiés comme des cibles de hautes valeurs".  

Un officier de police irakien aurait même d'ailleurs directement montré au journal "une liste de noms de 27 membres supposés de l'Etat islamique recherchés par la France". Celle-ci serait accompagnée de photos de cinq des suspects et aurait été diffusée parmi les soldats de l'armée irakienne au début de l'offensive pour libérer la ville en 2016. L'officier de police affirme également que cette liste est mise à jour à mesure que les cibles sont éliminées. 

2Les Français agissent-ils seuls ?

Non. Les forces spéciales françaises ne tueraient pas directement leurs compatriotes combattant du côté de l'organisation Etat islamique. Ce sont les forces irakiennes qui "finiraient" le travail par des frappes d'artillerie ou des troupes au sol, après avoir reçu les indications sur l'identité et la localisation des jihadistes par les forces spéciales françaises. Celles-ci agiraient en amont en utilisant des appareils de surveillance sophistiqués comme des drones de surveillance ou des outils d'espionnage radio, selon un officier du contre-terrorisme irakien. Ce dernier chiffre à "environ 40" le nombre de personnes travaillant à cette tâche dans les forces spéciales.

Dans les maisons abandonnées, les anciens postes de commande et même jusque dans les hôpitaux, les forces spéciales recherchent des preuves physiques ou des documents qui relient leurs ressortissants à l'organisation Etat islamique. Elles seraient particulièrement concentrées sur les spécialistes des armes chimiques.

3Pourquoi la France ciblerait ses ressortissants ?

Selon un ancien et un actuel conseiller diplomatique du gouvernement français cité par le journal, cette traque aurait pour but d'empêcher le retour de ces cadres de l'organisation Etat islamique dans l'Hexagone. Un objectif confirmé par un officier irakien directement impliqué dans la coordination avec les forces françaises : "Ils s'en occupent ici parce qu'ils ne veulent pas les gérer chez eux. C'est leur devoir, c'est du bon sens. Les attaques les plus mortelles à l'étranger ont eu lieu en France."

Mais ces ciblages sont-ils légaux ? Le site de RFI laisse entendre qu'un flou existe. En effet, si la famille d'un jihadiste français ciblé porte plainte contre l'armée française, la justice pourrait lui donner gain de cause. Pour la France, tuer ses ressortissants sur les sols syrien ou irakien ne serait pas illégal car ils sont considérés comme des combattants contre un Etat souverain. Problème : en France, ces jihadistes redeviendraient des justiciables poursuivis pour "association de malfaiteur terroriste criminelle", une accusation passible de trente ans de prison. Les tuer en Irak vient donc à empêcher un procès auquel ils auraient droit sur le territoire français.

Un responsable français familié du conflit aurait même affirmé au WSJ : "Si des soldats sont en vie, en prison, car ils se sont rendus, ils seront exécutés en Irak pour avoir rejoint l'EI. Et la France n'interviendra pas. C'est une solution qui arrange tout le monde."

4Comment se défend le gouvernement ?

Les gouvernements français et irakien ont toujours nié avoir mis en place des éliminations ciblées. Cependant, le porte-parole du gouvernement français, Christophe Castaner, a tenu une déclaration équivoque à ce sujet mercredi. Interrogé sur cet article du WSJ, il a répondu : "Je le dis à tous les combattants qui rejoignent Daech et qui vont à l'étranger pour mener la guerre : mener la guerre, c'est prendre des risques, qu'ils assument leurs risques."

Dans le livre Un président ne devrait pas dire ça, François Hollande avait déclaré aux auteurs en octobre 2015 avoir ordonné pendant son mandat au moins quatre homicides ciblés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Selon les derniers chiffres officiels français, environ 700 Français seraient présents sur les théâtres d’opération syrien ou irakien.

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