Liban, parfum de révolution

C'est un mouvement inédit, et inter-communautaire. Le Liban entame ce Jeudi sa 2ème semaine de manifestations. Une fronde contre la classe politique, nourrie par les pénuries et les défaillances des services publics. Reportage à Tripoli de Zohra Ben Miloud, Nadia Massih et Mohamed Salem. 

« Quand Rafik Hariri est décédé, et que son fils a pris le relais, les gens pensaient qu'on retournerait à l'époque où tout allait bien… Mais Saad Hariri est arrivé. Et lui ne connaît rien à la politique. »      

Bèrèraa est désabusée. Elle vit à Tripoli. Cette Infirmiere de 52 ans se dit nostalgique de l'époque où Rafic Hariri dirigeait le gouvernement libanais.  

Dans cette ville majoritairement sunnite, les photos du Premier ministre assassiné en 2005 et de son fils sont partout.  

Depuis 5 ans, Bèrèraa est au chômage, comme 60% des habitants de Bab El Tebbaneh, un quartier connu pour ses conflits intercommunautaires armés.  Ici, 57% de la population vit sous le seuil de pauvreté.     

"Ce quartier est très pauvre. Les gens vivent au jour le jour. Soit ils travaillent et ils ont de quoi manger, soit ils ne travaillent pas ils ne mangent pas."

A Bab el Tebbaneh, rien ne fonctionne comme dans le reste du pays. Ces derniers temps, Bèrèraa nous dit n'avoir de l'électricité que six heures par jour. C'est trois fois moins qu'a Beyrouth.   

"Regardez ces câbles. Chacun installe un câble électrique pour alimenter sa maison. Si il pleut les câbles touchent les réservoirs d'eau. Imaginez ce qui peut arriver. Il n'y a que Dieu seul qui nous protège, la municipalité ne fait rien. J'espère que vous pourrez filmez ça. Il y a des poubelles partout! Qui pourra bien s'en occuper ?"

Chez elle, les murs témoignent des derniers combats qui ont opposé sunnites et allaouites. 

"Si on veut tout casser et le réparer ce miroir, il faut beaucoup d'argent et nous n'avons pas les moyens."   

"Regardez comme le débit de l'eau est faible. Ça ne peut pas être plus que ça. Il faut qu'on se nettoie et qu'on se lave avec ça. Si je ne prends pas ma douche, il y aura assez d'eau au robinet, mais si je me douche il n'y en aura pas."   

Le Liban manque cruellement de services publics fonctionnels. Et les habitants répètent sans cesse qu'ils ont atteint un point de non retour.   

"J'espère que cette révolution va marcher. Ici personne ne nous aide. Il n'y a pas d'aides sociales ni d'institutions gouvernementales.. rien ! On est livrés à nous mêmes. Je ne sais pas pourquoi les gens acceptent cela."   

La ville majoritairement sunnite de Tripoli est un bastion de la famille Hariri. Ici les annonces du Premier Ministre Saad Hariri ne suffisent pas. Le manque d'eau, le manque d'électricité et le chômage sont à l'origine du mécontentement de la population. Qui compte bien continuer à manifester, massivement

(FRANCE24)