Liban : l'air de Beyrouth devient irrespirable à cause de la multiplication des générateurs d'électricité au diesel

Pour pallier les carences du réseau public de distribution d'électricité, les Beyrouthins recourent massivement aux générateurs d'électricité qui fonctionnent au diesel. Résultat : la pollution de l'air explose dans la capitale libanaise.
Article rédigé par franceinfo - Arthur Sarradin
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Vue générale de Beyrouth, la capitale libanaise, le 24 mai 2020. (PATRICK BAZ / AFP)

Sur les hauteurs de Beyrouth, lc'est un rituel de la fin de journée, notamment en été : depuis des terrasses aménagées, des familles admirent la vue sur la mer et la capitale libanaise. Rima vient tous les jours. Au loin, la ville est noyée dans un épais nuage de pollution. "Vous voyez cette couleur au-dessus de la ville ?, montre Rima. C'est un mélange de marron et de gris. Hier c'était pire. À cause de ça, des amis sont malades, il y a de plus en plus de cas, surtout chez les enfants."

Écrasée par la chaleur doublée d'un taux d'humidité de 60%, Beyrouth étouffe. Le niveau de pollution de l'air explose dans la capitale libanaise. En cause : le trafic routier mais surtout la multiplication des générateurs, alimentés au diesel, car depuis 2019, le réseau Electricité du Liban ne fournit que trois heures d'électricité au maximum chaque jour.

Les générateurs électriques ont envahi Beyrouth

Des machines ultra-polluantes, installées dans les sous-sols de certains immeubles : "Parce qu'il y a plus d'électricité publique, je dois faire tourner ce générateur tout le temps, 24h/24h...", explique Ahmed, chargé de la maintenance du générateur qui alimente les appartements d'un immeuble cossu de la capitale. Lui vit dans une pièce collée à celle où se trouve le générateur, pour pouvoir intervenir rapidement. Un risque énorme pour sa santé contre quelques dizaines de dollars chaque mois.

"Cette machine a besoin de 200 litres de mazout chaque jour. On doit tout supporter. L'odeur, le bruit incessant comme des explosions à répétition, et ça même si le générateur est neuf. Mais je n'ai pas le choix."

Ahmed

à franceinfo

Selon un rapport de Greenpeace publié en 2020, le Liban est l'un des pays du Moyen-Orient où le nombre de décès prématurés lié à la pollution de l'air est le plus important. Et la situation a très probablement empiré depuis.

De nombreux Beyrouthins renoncent à se soigner

À l'hôpital Hôtel-Dieu, au service pneumologie, le va-et-vient est incessant. Le Dr Hamrouche est chef du service et prend en charge de plus en plus de patients asthmatiques ou souffrant d'infections respiratoires graves liés à la pollution. "C'est toujours plein, et nous n'avons que 25 lits au total", déplore-t-elle. Et à cause de la crise économique que traverse le Liban, de nombreux malades n'ont plus les moyens de se faire soigner à l'hôpital.

"Il y a un renoncement très important, souligne le Dr Hamrouch. Ce n'est que quand leur état se dégrade fortement qu'in extremis ils viennent à l'hôpital. Chaque médecin peut citer des noms de patients que nous voyions ici et qui ne viennent plus." Dans un pays où le système de santé s'est effondré, il n'existe aucune étude récente pour évaluer le nombre de patients atteints de pathologies liées à cette pollution. 

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