Le dirigeant libanais, Samir Frangié, appelle à une intifada de la paix

Dans un Liban en proie à une montée des périls communautaires, débordé par le flux de réfugiés syriens et sans président depuis plus d’un an, la voix de Samir Frangié s’élève au-dessus du marasme ambiant. Fils d’une famille historique, il vient d’être élu président du Conseil national des indépendants du 14 mars. Il a lancé un appel à une intifada de la paix pour protéger le pays et ses habitants.

Samir Frangié (à droite) avec Daniel Cohn-Bendit lors d\'un meeting des Verts/Alliance Libre Européenne, le 10 mai 2012 à Copenhague.
Samir Frangié (à droite) avec Daniel Cohn-Bendit lors d'un meeting des Verts/Alliance Libre Européenne, le 10 mai 2012 à Copenhague. (Creative Commons Attribution 2.0 Generic license.)

«Aujourd’hui, face à l’émergence d’une violence folle et insensée, la préparation d’une intifada (soulèvement) de la paix au Liban est devenue une question vitale. Nous devons œuvrer dès maintenant à sa réalisation.» Tel est en quelques mots le programme que s’est fixé l’ancien député Samir Frangié, élu le 30 juin 2015 à la tête du Conseil national des indépendants du 14 mars (CNI).
 
Refus de capituler devant la menace de violences
Crâne dégarni et regard acéré du montagnard, à 70 ans Samir Frangié est issu d’une famille historique du village de Zghorta dans le nord du Liban. Il est le fils de Hamid Frangié, ancien député et ministre, et neveu de Soleiman Frangié, ancien président de la République, et refuse de capituler devant la menace de violences communautaires.

Samir Frangié en conférence au salon du livre à Paris en 2012.
Samir Frangié en conférence au salon du livre à Paris en 2012. (Creative Commons Attribution 2.0 Generic license.)
 
Membre de l’alliance des Forces du 14 mars, constituée après l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafik Hariri, et qui avait obtenu par la manifestation géante le 14 mars 2005 le départ des troupes syriennes du pays, il est devenu une figure de proue des démocrates et modernistes libanais.
 
Depuis son essai Voyage au bout de la violence, il est qualifié dans le pays «d’intellectuel, journaliste, homme politique, militant, rebelle, activiste et réformateur» au service de la paix et du vivre-ensemble qui lui sont si chers.
 
Son élection à la tête du CNI par 237 voix sur 284, toutes confessions confondues, le propulse au premier plan en cette période de vide institutionnel, et fait de lui, selon la formule d’un éditorialiste de l’Orient-le-jour, «le seul, sans doute capable d’insufler ne serait-ce qu’un minimum syndical de cette poudre de perlimpinpin dont tous les Libanais ont besoin : l’espérance.»
 
A la tête des indépendants du 14 mars, décrits par l’ancien député et coordinateur de la coalition Farès Souhaid comme «ceux qui s’engagent pour une société civile et une séparation complète de la religion et de l’Etat», Samir Frangié a désormais pour tâche de veiller à la création de commissions qui vont plancher sur des domaines fondamentaux tels que les droits de la femme ou le travail de mémoire.

Ne crois pas à un redécoupage des frontières
Son souci «obsessionnel de paix» ne s’arrête pas aux frontières libanaises. Il s’oppose autant aux agissements du groupe de l’Etat islamique qu'à ceux du régime syrien: «Cent têtes coupées par Daech, c’est un crime !, dit-il. Plus de 300.000 morts en Syrie, ça l’est aussi.»
 
Rappelant que les djihadistes de l’Etat islamique ne sont qu’une minorité, il ne croit pas à un redécoupage des frontières dans la région : «Un partage de la Syrie, affirme-t-il, signifierait un partage de la Jordanie, l’Irak, l’Iran et de la Turquie.»
 
Pour lui, les Libanais, forts de leur histoire et désormais de leur expérience, ont des choses à apprendre autant à l’Europe qu’au monde arabe en matière de vivre-ensemble. Chrétien maronite lui-même, il reste également convaincu «du rôle que les chrétiens doivent jouer pour éviter tout affrontement entre sunnites et chiites».