Manifestations à Beyrouth : "La réponse sécuritaire est disproportionnée", estime la militante Paola Rebeiz

Des milliers de Libanais ont manifesté samedi dans les rues de Beyrouth pour exprimer leur colère face à la classe politique jugée responsable des explosions sur le port.

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Radio France
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Un manifestant libanais face aux forces de sécurité à Beyrouth, le 8 août 2020. (STR / AFP)

L'armée libanaise a délogé dans la soirée du samedi 8 août un groupe de manifestants qui a pris d'assaut le siège du ministère des Affaires étrangères à Beyrouth. Les manifestants estiment que le pouvoir politique est responsable des explosions sur le port. Un policier a été tué et plusieurs manifestants blessés. "La réponse sécuritaire est disproportionnée", a estimé Paola Rebeiz, dimanche sur franceinfo. Cette militante, et activiste, est à l'origine (avec d'autres groupes militants) de nombreuses manifestations contre le pouvoir en place au Liban. Elle est surnommée la "Mama des places" car tous les rassemblements se font au départ des places principales de Beyrouth.

franceinfo : En quoi le pouvoir en place est-il responsable ?

Paola Rebeiz : Ce sont sept ans de négligence. Entreposer des matériels explosifs à l'intérieur même de la ville, c'est impossible. L'artère qui passe près du port est celle qui traverse le Liban du Nord au Sud, elle est empruntée par des centaines de milliers de gens chaque jour. 

Que pensez-vous de la réponse sécuritaire ?

La réponse est disproportionnée. Il y a eu plus de 200 000 manifestants samedi. Il y a bien sûr toujours dans ces cas-là des gens qui font de la violence, mais je n'ai vu personne avec des fusils, des bâtons, le maximum était avec une pancarte.

La manifestation de samedi 8 août à Beyrouth a été émaillée d’émeutes et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Selon la Croix-Rouge, près de 200 manifestants ont été blessés. La police a annoncé la mort d’un de ses hommes. (NATHANAEL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

Ces gens-là ont été agressés, il y eu des balles à vif. Il n'y avait pas seulement des balles en caoutchouc, il y avait des vraies balles. Il y a eu plus de 700 personnes blessées, une centaine seulement a été admise dans les hôpitaux, les autres ont dû se faire soigner sur place par la Croix-Rouge.

Les manifestants ont investi plusieurs bâtiments officiels. Est-ce un symbole d'une reprise du pouvoir par le peuple ?

C'est exactement cela. C'était quelque chose de spontané. Tout un groupe de personnes a été sur place. Le bâtiment a été détruit par l'explosion, donc c'était vraiment symbolique. Ils ont été délogés par les forces spéciales de l'armée alors qu'ils étaient sans aucune arme. Ils étaient bras nus.

Ambiance de révolution au Liban quatre jours après la dramatique explosion du port. Samedi 8 août, des milliers de Libanais ont investi les rues de la capitale et certains ministères. De violents  affrontements avec les forces de l'odre ont eu lieu. (NATHANAEL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

Le Premier ministre, Hassan Diab, propose des élections parlementaires anticipées. Est-ce que cela peut amorcer un changement démocratique ?

Pour nous le peuple, ce Premier ministre ne représente personne, c'est un technocrate élu par un groupe politique. Il peut parler comme il veut, mais pour nous le peuple les élections anticipées c'est trop tôt. Il va falloir quelque mois pour qu'on compose une coalition unie et qu'on puisse proposer des candidats. On a beaucoup de gens capables qui sont prêts à gouverner le pays, mais ces élections anticipées ne font que servir le pouvoir en place.

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