"Ils s'en foutent carrément du Covid" : les Libanais appelés à se reconfiner dans un pays déjà meurtri

Le Liban, qui fait face à une flambée des contaminations de coronavirus, instaure un nouveau confinement de deux semaines à partir de vendredi, malgré l'explosion qui a ravagé la capitale. 

Article rédigé par
Édité par Camille Laurent - Aurélien Colly
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un soldat libanais portant un masque se tient dans le port de Beyrouth après l'explosion du 4 août 2020. Les autorités du pays appellent à un nouveau confinement de deux semaines, vendredi 21 août, pour faire face à l'épidémie de coronavirus. (NATHANAEL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

Le Liban est à nouveau confiné à partir du vendredi 21 août, pour deux semaines. Le pays fait face à une recrudescence des contaminations au Covid-19, autour de 500 par jour, soit dix fois plus qu’au pic de la première vague au printemps. Principale explication : la double explosion dans le port de Beyrouth le 4 août dernier. Dans le chaos qui a suivi, plus aucune mesure barrière n’a été respectée.

Dans le quartier de Ras Al Naba'a de la capitale libanaise, c'est l'heure de la dernière distribution alimentaire avant le confinement. L'explosion y a fait des dégâts plutôt limités, c'est surtout la crise économique qui a fait basculer des centaines de familles dans la précarité. "Ils s'en foutent carrément du Covid", commente Fadi qui coordonne l'aide des ONG dans le quartier, même si vous faites un confinement, les gens ne vous écouterons pas."

Il est difficile de réguler le flux et d'imposer les distances. Même le port du masque n'est plus respecté par des Libanais à bout de nerfs. "Tout ferme à cause du coronavirus, alors que le pays va si mal. Il y a l'explosion, la guerre qui menace. Nous, on veut juste manger", explique Hassan.

On ne peut pas sortir de chez soi. Pour ceux qui ont une famille, il faut au moins les laisser travailler.

Safia, habitante de Beyrouth

à franceinfo

"Covid", "masque", "confinement", des mots qui ont encore moins d'écho dans les quartiers ravagés. "Les gens ne se soucient plus de rien. S'ils meurent, ils meurent, s'ils vivent, ils vivent", résume Amar devant un immeuble dévasté. Dans ces quartiers, pas de confinement, bien sûr, pour ceux qui ont tout perdu, mais aussi pour les ouvriers qui reconstruisent et les associations qui les aident avec beaucoup plus de précautions qu'au lendemain de l'explosion. "Chaque personne a cinq masques dans sa poche, détaille un responsable d'ONG, on prend la température et on a deux groupes de dix. Il y a la distanciation tout le temps. Maintenant, les gens, on ne peut pas leur dire de faire attention, leurs maisons sont détruites."

Urgence nationale

Reprendre le contrôle de l'épidémie est pourtant une urgence nationale, selon les autorités. Car le Liban enregistre près de 500 nouvelles contaminations par jour pour quatre millions d'habitants. C'est dix fois plus que pendant la première vague du printemps. "Le confinement est la meilleure réponse. Le nombre de lits disponibles est trop bas à cause des blessés de l'explosion et des hôpitaux détruits", insiste le docteur Samah, du département Covid de l'hôpital Rizk, en rappelant aussi qu'avant même la catastrophe, la crise frappait déjà de plein fouet les hôpitaux libanais.

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