Explosions à Beyrouth : l'enquête patine, les Libanais réclament toujours justice

Le 4 août dernier, 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium explosaient dans le port de Beyrouth, faisant des centaines de morts et des milliers de blessés.

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Radio France
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Le port de Beyrouth pris en photo le 26 octobre 2020 près de trois mois après les explosions du 4 août (photo d'illustration). (THOMAS COEX / AFP)

Au Liban, quatre mois après les explosions dans le port de Beyrouth et la démission du gouvernement, le pays n’a toujours pas de nouvelle équipe dirigeante, alors qu’il continue de s’enfoncer dans une crise économique sans précédent. Les Libanais, eux, réclament toujours des réponses et de connaître les responsables de cette catastrophe.

Dans la difficile enquête sur l'explosion du 4 août, plus de 50 témoins ont été entendus, et 25 personnes mises en détention provisoire, agents administratifs ou petit personnel des douanes, du port ou de la sécurité. Mais aucun responsable politique n'a été mis en cause pour l'instant, alors que plusieurs ont admis avoir été alertés de la présence du nitrate d'ammonium dans le port de la capitale. Melhem Khalaf est le bâtonnier de Beyrouth. Avec des avocats bénévoles, il représente un millier de victimes : "On va être clair : on a la responsabilité des ministres, on a la responsabilité des Premiers ministres, on a le gouvernement, énumère l'avocat. Ce n'est pas une vengeance, on est en train de réclamer une justice."

De nombreuses questions

Une justice que l'Etat doit aux Libanais, insiste l'avocat. Ils étaient encore des dizaines la semaine dernière, malgré le confinement, sous les fenêtres du juge chargé de l'enquête pour réclamer une instruction transparente, ermétique aux pressions politiques, qui ne se contente pas de responsables de second rang ni de la seule piste avancée jusqu'à présent : celle de la négligence et d'un accident lors de travaux de soudure.

Il y a trop de questions sur le navire poubelle qui a ramené ce nitrate à Beyrouth en 2014, souligne le bâtonnier : le Rhosus, un bateau battant pavillon moldave, parti de Géorgie à destination du Mozambique. Beaucoup encore, aussi, sur le déclenchement de l'explosion du stock, le 4 août dernier. "Comment on peut faire exploser 2 700 tonnes de nitrate sans une ingénierie de détonateurs ?, se demande Melhem Khalaf. Tous les experts auxquels on s'est fié disent qu'il faut un détonateur. On ne va pas admettre l'idée de la soudure accidentelle."

Le bâtonnier veut que la justice creuse "toutes les pistes auxquelles on peut penser", et elles sont nombreuses chez des Libanais habitués aux coups tordus de leurs responsables politiques ou des pays de la région. Beaucoup sont ainsi convaincus que l'explosion est liée, d'une manière ou d'une autre, à la guerre secrète que se livrent le voisin israélien et son adversaire libanais du Hezbollah, aligné sur l'Iran. 

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