Conférence pour le Liban : "Le plus difficile c'est moins de sécuriser les promesses de dons que d'assurer les décaissements", détaille une spécialiste du Liban

Emmanuel Macron a promis que la France allait offrir 100 millions d'euros d'aide à la population libanaise, lors de la conférence internationale sur le Liban mercredi 4 août. Mais les besoins se comptent en dizaines de milliards.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Le président Emmanuel Macron lors de la conférence internationale sur le Liban, par visioconférence, mercredi 4 août. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

"Le plus difficile dans ce genre d'événement, c'est moins de sécuriser les promesses de dons que d'assurer les décaissements", explique Aurélie Daher, enseignante-chercheuse à Paris-Dauphine et à Sciences Po Paris, spécialiste du Liban, alors qu'Emmanuel Macron a indiqué lors de la conférence internationale sur le Liban, mercredi 4 août, que la France allait offrir 100 millions d'euros d'aide à la population.

>> Suivez notre direct un an après l'explosion sur le port de Beyrouth

franceinfo : Un an après l'explosion dans le port de Beyrouth, qui avait fait 200 morts et 6 500 blessés, peut-on attendre quelque chose de cette conférence internationale qui vient de s'ouvrir ?

Aurélie Daher : La situation au Liban est tellement catastrophique que tout est bon à prendre. Le plus difficile dans ce genre d'événement, c'est moins de sécuriser les promesses de dons que d'assurer les décaissements. On se souvient de la conférence de soutien au Liban en 2007, où on avait promis plus d'un milliard de dollars et finalement on en était décaissé d'environ un tiers.

"Malgré tout ce qu'on pourra nous promettre, cela restera un pansement sur une plaie béante. Les besoins du Liban aujourd'hui se comptent en dizaines de milliards."

Aurélie Daher, spécialiste du Liban

à franceinfo

On reste extrêmement reconnaissant, les Libanais remercient par avance les parties qui participeront à l'effort de soutien.

Emmanuel Macron est très dur envers les dirigeants libanais et dénonce une "stratégie de pourrissement des responsables politiques libanais, qui est une faute politique et morale". La communauté internationale peut-elle faire pression sur la classe politique libanaise ?

Ce processus de pourrissement s'inscrit dans la durée. Il a été enclenché à la sortie de la guerre civile, quand on a accepté que des chefs de milice, des chefs de mafia, des chefs de guerre entrent au gouvernement. Ensuite on a fermé les yeux pendant des années sur des pratiques malhonnêtes : détournement de biens publics, abus de biens sociaux, pillage des ressources publiques à des fins clientélistes. Aujourd'hui, il y a un gouvernement, on n'est pas dans le cas d'un vide institutionnel comme en 1988 ou en 2014. Hassan Diab, le premier ministre, a présenté sa démission il y a quasiment un an, mais il est à la tête d'une équipe ministérielle, qui s'occupe des affaires courantes. On est face à un gouvernement démissionnaire qui attend la relève. Najib Mikati a été nommé pour organiser le prochain cabinet. Il est plus consensuel que Saad Hariri et il n'y a pas d'animosité entre lui et les autres chefs communautaires, qui comptent pour choisir les élus. On croise les doigts et on espère que cette fois-ci sera la bonne.

"Je pense que la classe politique libanaise a démontré qu'elle n'en avait rien à faire des pressions internationales."

Aurélie Daher, spécialiste du Liban

à franceinfo

Même si on devait geler certains de leurs comptes en Europe, la classe politique possède des comptes dans d'autres pays. Il y a d'autres millions cachés, le train de vie ne changera pas. Je n'ai pas d'espoir dans ce type de sanctions.

Dans quel état d'esprit se trouve la population libanaise aujourd'hui ?

La population libanaise est généralement déprimée. Plus personne n'attend rien de la classe politique, qui n'a jamais été considérée comme efficace. Il n'y a pas cette culture de l'État-providence au Liban. Mais les Libanais souffrent de la situation socio-économique. Le système bancaire est toujours bloqué, on ne peut toujours pas retirer l'intégralité de ses économies. Si elles sont en devise forte, on ne vous les donne que partiellement et le reste en livre libanaise, qui est complètement dévalorisée. La livre libanaise est en chute vertigineuse depuis un an et demi. À cette époque, un dollar équivalait à 500 livres libanaises. Aujourd'hui c'est un dollar pour 20 000 livres. La pénurie gagne du terrain dans tous les secteurs : les pharmacies ferment, les supermarchés se vident, il y a une crise de l'essence. Là-dessus fleurit le marché noir, la corruption gangrène jusqu'à la population.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Explosions à Beyrouth

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.