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L'ex-président tunisien Ben Ali et son épouse ont été condamnés lundi par contumace à 35 ans de prison

Le tribunal de première instance a également condamné le couple à payer 91 millions de dinars tunisiens d'amendes (46 millions d'euros).Dans ce premier volet des actions au civil, le couple Ben Ali était poursuivi suite à la découverte dans deux palais de quantités faramineuses d'argent et de bijoux de prix.
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Zine El-Abidine Ben Ali, à Tunis le 12 novembre 2009. (AFP PHOTO / FETHI BELAID)

Le tribunal de première instance a également condamné le couple à payer 91 millions de dinars tunisiens d'amendes (46 millions d'euros).

Dans ce premier volet des actions au civil, le couple Ben Ali était poursuivi suite à la découverte dans deux palais de quantités faramineuses d'argent et de bijoux de prix.

Selon l'avocat libanais de Ben Ali, le verdict du procès est une "plaisanterie".

La télévision publique avait montré d'imposantes liasses de dinars tunisiens et de devises étrangères empilées dans un énorme coffre, évoquant des images de "caverne d'Ali Baba". Dans ce dossier, les chefs d'accusation retenus étaient notamment l'accaparement et le détournement de fonds publics.

Mais l'ex-chef de l'Etat (sans son épouse) est également poursuivi pour possession illégale de d'armes, de stupéfiants et d'objets archéologiques, découverts dans le palais présidentiel de Carthage. Pour ces trois chefs, le verdict sera rendu le 30 juin, a précisé le juge. Cela afin de permettre aux avocats commis d'office de préparer la défense de M.Ben Ali, a-t-il expliqué.

Depuis son exil, Ben Ali se défend
M. Ben Ali, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant 23 ans, est réfugié en Arabie saoudite depuis le 14 janvier, lorsqu'il avait été chassé du pouvoir à l'issue d'un mois de révolte populaire durement déprimée.

Dans un message transmis lundi par son avocat libanais, le président tunisien déchu s'est défendu d'avoir fait tirer sur des civils lors de la révolte qui l'a chassé du pouvoir. Dans un communiqué diffusé par un de ses avocats à Beyrouth, il a aussi expliqué que son chef de la sécurité l'avait trompé en lui faisant croire que son départ de Tunis ne serait pas définitif.

Alors que de nombreux Tunisiens jugent que ses 23 années au pouvoir ont été marquées par un gouvernement autocratique, corrompu et non respectueux des droits de l'homme, lui affirme que ce procès constitue une tentative de la part des nouveaux dirigeants de détourner l'attention et de masquer leur incapacité à rétablir la stabilité en Tunisie.

Depuis la chute de Ben Ali, le gouvernement de transition tente de rétablir la stabilité dans le pays alors que se produisent régulièrement des grèves et des émeutes.

Ben Brik dénonce "une fumisterie"
De nombreux Tunisiens déplorent que le président et son épouse, accusée d'avoir accaparé avec sa famille des pans entiers de l'économie tunisienne, ne soient pas sur le banc des accusés.

Pour certains, comme le journaliste Taoufik Ben Brik, opposant acharné du régime, ce procès sans Ben Ali est une "fumisterie" et les autorités auraient mieux fait de juger d'abord les membres de l'entourage présidentiel encore présents en Tunisie, qui ne doivent l'être que dans un second temps.

Pour d'autres comme Slah Jourchi, vice-président de la Ligue des droits de l'homme, le procès aura quand même "une portée psychologique et politique" car les Tunisiens veulent "connaître la vérité et voir l'ex-président rendre compte au peuple".

Cinq avocats ont été commis d'office pour défendre M.Ben Ali. L'un d'entre eux, Me Rached Fray, a cependant fait savoir qu'il refuserait de plaider pour l'ex-président, en raison notamment de sa "profonde foi dans les principes de la révolution".

Ce procès n'est que le début d'un long processus
Le procès qui a commencé lundi n'est que le début d'un long processus dont la durée est encore indéterminée. Les autorités ont annoncé que 93 chefs d'accusation avaient été retenus contre l'ex président et des proches, dont 35 seront déférés devant la justice militaire.

Ces derniers concernent notamment des accusations d'homicides volontaires ainsi que des cas de torture, passibles de la peine de mort.

D'autres personnes de l'entourage de M. Ben Ali doivent aussi être jugées par la justice militaire. Celle-ci instruit de nombreux dossiers sur des faits s'étant produits pendant le mois qui a précédé la fuite du dirigeant déchu afin de déterminer les responsabilités dans la mort de manifestants.

Quelque 300 personnes ont trouvé la mort pendant cette période. Il s'agit, a expliqué un responsable de la justice militaire, de savoir "qui a tué, qui a donné l'ordre de tuer?".

Information judiciaire à Paris pour blanchiment
A Paris, le parquet a par ailleurs ouvert une information judiciaire pour blanchiment contre M. Ben Ali afin d'identifier et de geler ses biens en France.

La fortune de l'ex-dirigeant tunisien Ben Ali et de son entourage est évaluée à 5 milliards de dollars par les ONG. La famille posséderait plusieurs hôtels particuliers et des appartements à Paris, un chalet à Courchevel et une ou deux villas sur la Côte d'Azur.

12 comptes appartenant à quatre proches du président tunisien déchu ont déjà été saisis en France, pour un montant de 12 millions d'euros. Le 1er février, la justice française a par ailleurs saisi à l'aéroport du Bourget un avion privé appartenant à la famille Mabrouk, dont un des membres est un gendre de Ben Ali.

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