L'Egypte veut creuser un deuxième canal de Suez

Ce gigantesque chantier pourrait être finalisé en cinq ans. Il devrait coûter 4 milliards de dollars et être pris en charge par l'armée, pour des raisons de sécurité. Objectif : générer de nouvelles devises, dans un pays dont l'économie est en berne.

Des bateaux franchissent le canal de Suez (Egypte), le 1er mai 2014.
Des bateaux franchissent le canal de Suez (Egypte), le 1er mai 2014. (© AMR DALSH / REUTERS / X02182)

Vieux de 145 ans, le canal de Suez, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée, pourrait prochainement avoir un jumeau. L'Egypte a annoncé, mardi 5 août, son intention de creuser un nouveau canal de 72 kilomètres le long du canal de Suez, un projet de plusieurs milliards de dollars qui vise à favoriser le développement des échanges commerciaux sur cette liaison stratégique entre l'Europe et l'Asie. L'actuel canal rapporte environ cinq milliards de dollars (3,75 milliards d'euros) par an à l'Etat égyptien, ce qui en fait une source vitale de devises pour le pays alors que le tourisme et l'investissement étranger restent plombés par les suites de la révolution de 2011.

Le nouveau canal, principal volet d'un vaste projet d'expansion du port et des installations commerciales de Suez, pourrait permettre d'améliorer l'image de l'Egypte auprès des entreprises étrangères et d'en faire un pôle commercial de premier plan. Mohab Mamich, président de l'Autorité du canal de Suez, précise que le coût du creusement de l'ouvrage avoisine quatre milliards de dollars et que les travaux pourraient être achevés en cinq ans.

L'armée chargée du projet

Le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, ancien chef d'état-major de l'armée, a précisé que l'armée aurait la responsabilité du projet, pour des raisons de sécurité. La destitution, l'an dernier, du président Mohamed Morsi, orchestrée par Abdel Fattah Al-Sissi, et la répression des Frères musulmans et de leurs sympathisants ont été suivies par une montée de la violence. Celle-ci a été imputée, entre autres, aux islamistes implantés dans la péninsule du Sinaï, ce qui a nourri les craintes pour la sécurité du canal de Suez.

"Le Sinaï a pour une large part un statut sensible. L'armée est à ce titre responsable devant toute l'Egypte", a déclaré le président, mardi. Les alliés et les partisans du président le comparent d'ailleurs régulièrement à Gamal Abdel Nasser, un colonel à l'origine du coup d'Etat qui a renversé la monarchie égyptienne en 1952 pour installer un régime militaire. En 1956, Nasser a nationalisé le canal de Suez, déclenchant une intervention de forces britanniques, françaises et israéliennes. Aujourd'hui, la presse égyptienne favorable à Sissi n'hésite pas à comparer le projet d'expansion du canal de Suez aux grands projets d'infrastructures lancés par Nasser pendant ses quatorze ans de présidence.