Témoignage "C'est une base militaire sous une population civile" : pourquoi les tunnels de Gaza sont un problème stratégique majeur pour Israël

Un dense réseau souterrain existe dans l'enclave palestinienne où une offensive terrestre de l’armée israélienne est en cours. Pour la chercheuse Daphné Richemond-Barak, ce réseau "sophistiqué" peut fortement affaiblir les troupes de l'État hébreu.
Article rédigé par Thibault Lefèvre
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Un membre du groupe militant palestinien du Jihad islamique marche dans un tunnel dans la bande de Gaza, le 17 avril 2022. Photo d'illustration. (MAHMUD HAMS / AFP)

Au sixième jour de l'offensive terrestre de l'armée israélienne dans la bande de Gaza, les troupes de l'État hébreu encerclent les zones urbaines denses du nord de l'enclave et les combats au sol s'intensifient. Se pose désormais un problème stratégique majeur : comment débusquer l'ennemi dans les centaines de kilomètres de tunnels dans lequel se cachent des combattants islamistes et des armes ?

Il y a trois types de tunnels à Gaza, et la première catégorie ce sont les tunnels offensifs, qui partent de Gaza et débouchent en Israël. "Quand vous rentrez dans un tunnel du Hamas, il fait tout noir", décrit Daphné Richemond-Barak, chercheuse à l'académie militaire américaine de West point et enseignante à l'université Reichman d'Herzliya en Israël. Depuis dix ans, elle oriente ses recherches sur ces tunnels du Hamas. Elle a pu visiter un tunnel après la guerre de 2014.

"C'est claustrophobique ! Au bout de 20 minutes, vous voulez vraiment sortir. Maintenant pour retrouver votre chemin, bon courage. C'est un endroit qui fait peur et c'est presque une peur existentielle en fait."

Daphné Richemond-Barak, chercheuse

à franceinfo

Un réseau très "sophistiqué"

Il y a aussi les tunnels historiques, construit au sud de l'enclave, et qui permettent d'acheminer des armes ou de l'essence d'Egypte. Enfin, il y a ce qu'on appelle "le métro de Gaza", aménagé sous les villes. "Il s'agit d'une base militaire, sous une population civile, explique Daphné Richemond-Barak. L'ampleur est immense. La bande de Gaza est un territoire assez restreint mais ces tunnels ne sont pas construits de façon linéaire. Ils sont en zigzag et sur plusieurs niveaux. Ils n'ont pas été construits hier. Si vous comparez avec ce qui s'est passé avec Daech en Syrie et en Irak, ils étaient dans des tunnels, mais ils les avaient utilisés pendant quelques semaines ou peut-être quelques mois. Ce qui se passe à Gaza, c'est d'un tout autre niveau, c'est beaucoup plus sophistiqué." 

"Ça ne peut pas gagner une guerre, mais ça peut mettre une armée performante dans un état très précaire."

Daphné Richemond-Barak, chercheuse

à franceinfo

Il y a essentiellement deux méthodes, pour détruire ces tunnels. Les bombes perforantes qui peuvent atteindre une cible jusqu'à 30 mètres de profondeur et sont donc insuffisantes pour détruire toute la structure. Et puis, il y a la noyade mais à Gaza, la terre est argileuse, elle absorbe facilement l'eau, ce qui limite l'efficacité d'une telle stratégie.

"Pour pouvoir les éradiquer complètement, il faut tous les connaître, explique Daphné Richemond-Barak. C'est quasiment insurmontable du point de vue militaire. C'est possible, mais ça ne sera jamais 100%." Lors d'une opération de destruction, en décembre 2019, Israël s'est attaqué aux tunnels du Hezbollah, au sud-Liban. L'armée a mis six semaines, pour en détecter six. À Gaza, il y a selon le Hamas, 500 kilomètres de souterrains.

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