Rex Tillerson prudent sur le déménagement de l'ambassade américaine à Jérusalem : "C'est l'expression de la division à l'intérieur du système politique américain"

Bertrand Badie, professeur à Sciences Po Paris, est revenu, vendredi pour franceinfo, sur les déclarations du secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, qui a annoncé que les Etats-Unis ne déménageront "probablement" pas leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem avant au moins deux ans.

Les Etats-Unis ne déménageront \"probablement\" pas leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem avant au moins deux ans, a déclaré, vendredi 8 décembre 2017, le secrétaire d\'Etat américain Rex Tillerson.
Les Etats-Unis ne déménageront "probablement" pas leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem avant au moins deux ans, a déclaré, vendredi 8 décembre 2017, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson. (ALAIN JOCARD / AFP)

Les Etats-Unis ne déménageront "probablement" pas leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem avant au moins deux ans, a déclaré, vendredi 8 décembre, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, ajoutant toutefois que Donald Trump "veut que nous avancions de façon très concrète et très résolue". Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales et professeur à Sciences Po Paris, a estimé, vendredi sur franceinfo, que "cette déclaration est l'expression de divisions et d'hésitations à l'intérieur même du système politique américain".

"C'est une décision très politique et très affective prise par Donald Trump, sur un registre politique et non diplomatique, a estimé Bertrand Badie. On ne s'étonnera pas que l'appareil diplomatique américain, incarné par Rex Tillerson, réagisse en tentant d'arrondir les angles."

Une décision de Trump en direction de sa base électorale

Donald Trump était un peu isolé en prenant cette décision "sauf par rapport à sa base à laquelle il continue à parler, celle qui l'a porté à la présidence et qui est incarnée notamment par une droite républicaine, évangélique, fondamentaliste, qui se retrouve dans cette mythologie de Jérusalem", a estimé Bertrand Badie.

Le Conseil de sécurité de l'ONU va se réunir sur la question. "C'est une façon de marquer explicitement la désapprobation à l'intérieur du camp occidental et c'est probablement à cause de cela que la diplomatie américaine" fait cette déclaration, a estimé Bertrand Badie.

Pour lui, maintenant, la difficulté va être de gérer la pression des différentes communautés. "Dans le monde arabe, on a affaire à des régimes faibles, peu légitimes, fragilisés par le Printemps arabe, a analysé Bertrand Badie. On peut penser que cette affaire va servir de prétexte pour rallumer la mobilisation, contre les Etats-Unis peut-être, mais surtout contre des gouvernements peu légitimes comme l'Egypte. Au-delà du monde arabe, au-delà du monde musulman, c'est quelque chose de très dangereux."