Reportage "C'est tellement déprimant" : vingt ans après le début de sa construction, le mur entre Israël et la Cisjordanie occupée sépare toujours les deux peuples

Il y a 20 ans, jour pour jour, débutait dans le village d'Al-Walaja, près de Bethléem, la construction de ce mur de séparation, aujourd'hui long de 500 kilomètres. S'il a permis d'améliorer la situation sécuritaire, il complique la vie des Palestiniens.

Article rédigé par
Frédéric Métézeau - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Ahmad Barghouth et son petit-fils, près du mur qui sépare Israël de la Cisjordanie occupée. (FREDERIC METEZEAU / RADIO FRANCE)

Ahmad Barghouth flâne dans son verger, au milieu des oliviers, de la vigne sauvage et des arbres fruitiers. La vue sur l'agglomération de Jérusalem est époustouflante mais balafrée par une clôture métallique et barbelée de cinq mètres de haut. Là, le 16 juin 2002, en pleine intifada, avec des attentats-suicides meurtriers commis en Israël, dans le village d'Al-Walaja, près de Bethléem, l'armée israélienne entamait la construction d'un mur entre Israël et la Cisjordanie occupée, fait de béton ou de barbelés.

Aujourd'hui, ce mur fait plus de 500 kilomètres de long, il a permis d'améliorer la situation sécuritaire mais il a séparé les deux peuples et compliqué la vie des Palestiniens.

"Quand ils ont commencé à construire ce mur, nous avons perdu presque quatre hectares qui appartenaient à notre famille dont la moitié sont de l'autre côté du mur. Ils ont pris une colline avec plus de 130 oliviers."

Ahmad Barghouth, cultivateur

à franceinfo

Une route serpente le long de la clôture côté israélien, réservée à l'armée pour ses patrouilles. Le cimetière de la famille Barghouth se trouve là, mais il est impossible de se recueillir sur les tombes des ancêtres. Le petit-fils du cultivateur est électricien et travaille en Israël, à un kilomètre à vol d'oiseau. À 30 ans, il n'a connu que les barrages militaires. "C'est déprimant, tellement déprimant, soupire-t-il. C'est une sensation très difficile. Quand tu es ici, tu vois, et que tu veux aller tout près, tu fais un long trajet de plus d'une heure : je l'ai vécu si souvent. Tu pars d'Al-Walaja à Beit Jala, puis Bethléem. Et là, tu arrives au checkpoint, tu passes les contrôles et il te faut une heure minimum !

Le mur séparant Israël de La Cisjordanie occupée dans le village d'Al-Walaja. (FREDERIC METEZEAU / RADIO FRANCE)

Les jeunes générations ne se croisent plus

Il y a 20 ans, le terrorisme ravageait Israël. Le mur et la coopération sécuritaire israélo-palestinienne toujours en vigueur ont amélioré les choses, mais depuis 20 ans, les jeunes générations ne se croisent plus et ne se connaissent plus. Au grand regret de l'activiste israélienne Atalya Ben Abba. 

"Le mur sépare aussi les gens mentalement : tu ne sais pas ce qui se passe, tu ne connais personne, tu ne peux pas voir ces endroits où tu ne dois pas aller. Les gens ont peur..." 

Atalya Ben Abba

à franceinfo

Ahmad, 75 ans, espère voir tomber le mur et les préjugés : "Nous ne croyons pas à la solution à deux États et nous ne voulons pas non-plus vivre sous occupation, souligne-t-il. Bien sûr, on ne veut pas jeter les Juifs à la mer comme le prétendent les Israéliens et quiconque voudra vivre avec nous dans le respect sera le bienvenu. Nous voulons des droits égaux et justes pour tout le monde." 

Mur de sécurité pour les Israéliens, mur d'apartheid pour les Palestiniens : l'ouvrage n'est toujours pas achevé, et doit être rénové par endroits, a coûté un milliard d'euros.

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