Israël : trois questions sur l'étiquetage des produits des colonies par l'Union européenne

L'Etat hébreu craint que cette mesure, qui doit être annoncée prochainement, entraîne des retombées économiques dramatiques.

Un graffiti appelle au boycott des produits israéliens à Bethléem, en Cisjordanie, le 17 septembre 2014.
Un graffiti appelle au boycott des produits israéliens à Bethléem, en Cisjordanie, le 17 septembre 2014. (AHMAD GHARABLI / AFP)

Israël évoque une décision injuste. La Commission européenne devrait adopter, dans les prochains jours, des directives obligeant les produits fabriqués dans les colonies à être étiquetés comme tels, a rapporté le Figaro, mercredi 4 novembre. L'Etat hébreu craint que cette mesure, prônée par plusieurs responsables européens, ne fragilise son économie, ainsi que la paix avec les Palestiniens.

Francetv info répond à trois questions sur cette mesure qui inquiète Israël.

Pourquoi l'Europe veut-elle imposer l'étiquetage des produits provenant des colonies ?

L'objectif est de forcer l'Etat hébreu à être plus transparent sur l'origine exacte des produits importés en Europe. Certains proviennent, en effet, des colonies, ces zones occupées de Cisjordanie et de Jérusalem-Est considérées comme illégales par l'ONU.

L'Union européenne souhaite ainsi s'assurer de l'application d'un accord bilatéral signé avec Israël, en 2005. Le texte indique que "les marchandises produites dans les colonies de peuplement israéliennes implantées dans les territoires placés sous administration israélienne depuis juin 1967 ne peuvent pas bénéficier du régime tarifaire préférentiel prévu par l'accord d'association UE-Israël". 

En imposant l'étiquetage de ces produits, l'UE sanctionne donc la colonisation israélienne des territoires palestiniens tout en évitant le boycott total. Plusieurs ONG appellent, en effet, au boycott de tous les produits israéliens face à l'impossibilité de discerner ceux fabriqués dans les zones occupées de ceux provenant des territoires israéliens.

Pourquoi Israël s'oppose-t-il à la mesure ?

"Un désastre pour l'économie israélienne." A en croire l'ancien ministre des Finances de l'Etat hébreu, cité par RFI, les conséquences de l'étiquetage des produits fabriqués dans les colonies seraient dramatiques. 

"Etiqueter, disons les choses clairement, c'est purement et simplement boycotter Israël, abonde la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, citée par l'Express. Quand vous étiquetez, vous causez du tort à plus de 10 000 familles palestiniennes qui vont perdre leur travail." Et surtout aux entreprises israéliennes implantées dans les colonies, dont le chiffre d'affaires va baisser...

Autre argument de Tzipi Hotovely : l'étiquetage "éloigne la paix". "Quiconque entreprend de boycotter certaines régions d'Israël boycotte l'Etat lui-même et délégitime Israël", estime la ministre, qui craint que la mesure ne soit perçue comme une action en faveur des opposants à la colonisation.

"Nos amis [européens] doivent bien se rendre compte qu'au moment où le terrorisme est le fait uniquement de la partie palestinienne, ceci n'est pas le moyen de promouvoir la coexistence", affirme encore Tzipi Hotovely.

Quand la mesure devrait-elle être adoptée ?

L'Union européenne devrait annoncer la mise en place de l'étiquetage d'ici à la mi-novembre, selon le site israélien I24NewsL'Etat hébreu a toutefois lancé une "campagne diplomatique s'opposant ouvertement à cette démarche de marquage, dans toutes les capitales européennes". La ministre des Affaires étrangères doit ainsi se rendre dans la semaine à Paris, Berlin et Madrid pour tenter de repousser l'adoption de la mesure.

Cette disposition avait déjà été reportée en 2013, après une intervention du secrétaire d'Etat américain, John Kerry, selon RFIL'Union européenne avait toutefois affirmé que le projet n'avait pas été retardé, sans qu'aucune décision imposant l'étiquetage des produits des colonies ne soit adoptée depuis cette date.