Interdiction des manifestations pro-palestiniennes : "C'est une grande satisfaction", déclare le président du Crif

La préfecture de police a notamment interdit la manifestation pro-palestienne prévue samedi dans la capitale. Francis Kalifat attend que le ministre de l'Intérieur "mette toutes les forces de sécurité" pour préserver la sécurité si les manifestations se tiennent malgré tout.

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Radio France
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 Francis Kalifat, président Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), le 17 novembre 2019 à Paris. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a fait part vendredi 14 mai sur franceinfo de sa "grande satisfaction" après l'interdiction de la manifestation pro-palestinienne prévue samedi à Paris. Pour Francis Kalifat, le président du Crif, il s'agit notamment "de préserver la paix civile des Français juifs, spécifiquement menacés à travers ce type de manifestations". Il attend que Gérald Darmanin "mette toutes les forces de sécurité" pour préserver la sécurité si les manifestations se tiennent malgré tout.

franceinfo : Est-ce que vous approuvez l'interdiction des manifestations pro-palestiniennes, et notamment celle de Paris ?

Francis Kalifat : Bien évidemment. C'est une grande satisfaction que le ministre de l'Intérieur ait demandé l'interdiction, car nous savions, et nous savons encore, quel est le danger d'une telle manifestation. Et nous le savons parce que nous l'avons vécu en 2014, quand cette manifestation, qui était aussi interdite, a complètement dégénéré et a voulu faire un véritable pogrom en se dirigeant vers les quartiers où les synagogues étaient était en activité et pour aller casser du juif. Donc là, il y avait une grande inquiétude. L'interdiction a été confirmée.

Néanmoins, l'inquiétude demeure, parce que nous savons que, interdite ou autorisée, il y aura de toute façon des rassemblements qui vont se faire à travers Paris. Ce que j'attends du ministre de l'Intérieur, c'est que l'on mette suffisamment de forces de sécurité en place pour les empêcher de bouger et les empêcher de se diriger vers la Bastille comme ils avaient l'intention de le faire. Puisque c'est à la Bastille que nous trouvons un carrefour de trois synagogues importantes que sont la synagogue de la rue de la Roquette, la synagogue de la place des Vosges et la grande synagogue des Tournelles, qui avait déjà fait l'objet d'une tentative d'attaque en 2014.

Gérald Darmanin a demandé au préfet de suivre de très près les rassemblements prévus à Paris et dans d'autres villes, mais aussi d'assurer la protection des lieux fréquentés par la communauté juive. Est-ce que vous avez des craintes sérieuses ?

Oui, nous avons des craintes sérieuses. Il suffit d'aller voir ce qui se passe sur les réseaux sociaux et sur la partie publique de ces réseaux pour voir combien la menace est importante et combien le danger est là. Le danger est présent. Il y a une véritable volonté des manifestants de transposer le conflit qui se passe aujourd'hui entre un Etat démocratique et un groupe terroriste qui est le Hamas. Et cette volonté de le transposer à Paris, c'est une volonté aussi de venir faire de la casse à Paris, et plus précisément d'aller viser les Juifs à Paris. Parce que dans ces manifestations, et nous le savons, c'est toujours l'expression de la haine, toujours l'expression de la haine des Juifs et de la haine d'Israël. Et c'est en cela, bien évidemment, que nous sommes très inquiets.

Ces interdictions divisent la classe politique, entre soutien de la demande du gouvernement et ceux qui dénoncent une interdiction inacceptable. Est-ce que vous comprenez justement qui parle d'une atteinte grave à la liberté de manifester ?

En réalité, elle ne divise pas tant que ça. Il y a une quasi-unanimité autour de la décision prise par le ministre de l'Intérieur parce que c'est une décision qui est sage et qui vise à maintenir l'ordre et à éviter que des scènes de guerre que nous avons connues en 2014 se reproduisent à Paris. Et de l'autre côté, il y a une extrême gauche menée par Jean-Luc Mélenchon et ses acolytes qui, dans un esprit clientéliste, sont vent debout pour que cette manifestation puisse se tenir et qui n'hésite pas à employer des termes qui ne sont pas du tout appropriés à la situation, et notamment dans des termes qui parlent de privation de liberté de manifester. Je crois que ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il s'agit surtout de préserver la paix civile et de préserver aussi la paix civile des Français juifs qui sont spécifiquement menacés à travers ce type de manifestations.

Est-ce que les violences entre communautés en Israël vous inquiètent ?

Oui, c'est toujours inquiétant parce que ce sont des choses que nous ne voyions pas. Nous avons rarement vu les Israéliens se déchirer entre communautés. Nous avons rarement vu les citoyens de ce pays, qu'ils soient arabes ou juifs, participer à une des exactions les uns contre les autres. Et j'espère que le calme reviendra très vite et que chacun comprendra qu'ils sont citoyens du même pays et que la menace aujourd'hui qui pèse sur Israël de la part du Hamas, c'est une menace qui pèse sur l'ensemble des citoyens d'Israël. Et d'ailleurs, les missiles qui tombent sur Israël aujourd'hui ne font pas le tri entre les citoyens arabes et les citoyens juifs de ce pays. Des Arabes israéliens ont aussi été tués dans ces bombardements.

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