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"Il m'a dit : 'Tire-moi de là, ils vont me tuer'!" Un journaliste de France 2 raconte l'agression de son caméraman à Jérusalem

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Propos recueillis par - Louis Boy
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un médecin et des membres des forces de sécurité israéliennes sur le site d'une attaque, à la gare routière de Jérusalem, mercredi 14 octobre 2015. (MENAHEM KAHANA / AFP)

Arrivé sur la scène d'un attentat qui venait de se produire, mercredi, le correspondant de France 2 à Jérusalem, Franck Genauzeau, a vu son collègue se faire frapper par des forces de l'ordre et des passants. 

La tension est à son comble en Israël, après un série d'attaques qui ont fait 7 morts du côté israélien et 33 du côté palestinien, depuis début octobre. Un caméraman de France 2, Hofset Nalbandian, en a fait les frais, mercredi 14 octobre. Il a été roué de coups par des membres des forces de l'ordre et des passants, alors qu'il se trouvait sur la scène d'un attentat contre un bus, à Jérusalem.

Une agression dénoncée par la Foreign Press Association (FPA) dans un communiqué, et filmée par le Jerusalem Post. Francetv info a contacté Franck Genauzeau, le correspondant de France 2 à Jérusalem, qui se trouvait avec le caméraman. Il nous raconte l'incident.

Francetv info : Comment s'est déroulée l'agression ?

Franck Genauzeau : Nous étions sortis tourner un reportage, quand nous sommes tombés sur une scène de panique, non loin du bureau. J'avais deux caméramans avec moi : le premier a suivi les forces de sécurité, le second, Hofset, est resté avec moi, et nous nous sommes très vite retrouvés sur le lieu de l'attaque. Nous avons commencé à filmer, et à un moment donné, nous avons été séparés pendant deux minutes. 

Je l'ai retrouvé en sang. Il m'a dit : "Tire-moi de là, tire-moi de là, ils vont me tuer." Je l'ai emmené jusqu'à notre 4x4 dans lequel nous nous sommes enfermés. Là, il m'a expliqué qu'il avait été roué de coups sans raison.

Il filmait un attroupement d'hommes armés, près du bus visé par l'attaque. Il se trouvait à l'endroit même où l'assaillant avait été abattu, mais je ne suis même pas sûr qu'il l'avait vu. Une membre des services de sécurité, sans doute une garde-frontière, s'est jetée sur lui en hurlant de ne pas filmer. Il a répondu "OK", et il a reculé. Là, deux gardes l'ont attrapé d'un coup et l'ont emmené plus loin. Ils l'ont mis au sol et il a été frappé, par eux et par des passants.

Savaient-ils qu'il était journaliste ?

Hofset a dit en hébreu qu'il était journaliste, et sa caméra était clairement visible. On voyait bien que ce n'était pas du matériel d'amateur. On ne portait pas de badge, de brassard ou de gilet "Presse", parce que nous sommes arrivés sur les lieux dans la précipitation et qu'à ce moment-là, l’image prime. Je filmais moi-même la scène de l'attaque avec mon iPhone et je n’ai pas été embêté. Je pense qu’ils m’ont pris pour un passant.

Mais dans ces moments-là, il y a une telle effervescence, une telle hystérie, que quand les gens voient un type plaqué au sol par les forces de sécurité, ils se disent qu'il est forcément suspect.

Comment s'en est-il sorti ?

Sur les images postées par le Jerusalem Post [Hofset Nalbandian porte un tee-shirt vert], on voit un garde-frontière lui donner un coup de pied dans la tête, mais aussi deux policiers qui tentent de calmer tout le monde, parce qu'ils ont compris qu'ils avaient affaire à un journaliste. Les coups ont cessé et il a pu se relever. Je l'ai retrouvé à ce moment-là.

Il était sous le choc, tout tremblant, avec la bouche en sang, l’arcade abîmée, des plaies sur les bras. Je l’ai emmené à l’hôpital, où il a été rapidement pris en charge. Il a eu trois jours d’arrêt de travail, avec un léger traumatisme facial, des plaies et des contusions. On va s’assurer qu’il va bien avant qu’il reprenne le travail.

Avez-vous déjà connu ce genre de problèmes depuis le début de cette crise ?

Habituellement, c'est plus calme et on peut travailler normalement. Mais la veille, on avait eu un accrochage sur la scène d'une attaque à la voiture bélier. On se trouvait à 20-30 m des lieux, et on nous a demandé de reculer. J'ai été attrapé par deux policiers qui m'ont expulsé du périmètre. Alors que la scène n'était pas encore délimitée.

Le point commun entre ces deux événements, c’est que, par deux fois, nous sommes arrivés très rapidement sur place. Les attentats venaient d'avoir lieu : dans ces cas-là, les forces de l'ordre ne savent même pas si l'attaque est terminée. Mercredi, pendant un moment, ils ont cherché un second agresseur.

De nombreux Israéliens ont aussi en tête la deuxième intifada, pendant laquelle les agressions étaient souvent suivies par une seconde attaque juste après. Cela génère beaucoup de nervosité. La FPA mentionne, dans son communiqué, d'autres accrochages visant des journalistes : je pense qu'ils se sont déroulés dans des situations similaires.

Est-ce que cet épisode vous pousse à être plus prudent ?

Dans ces cas-là, les lieux des attaques ne sont pas balisés, il n’y a pas de ruban de sécurité, donc on n'enfreint aucune limite. Il n'y a donc aucune raison qu'on ne filme pas. C'est la base du métier, on ne va pas y renoncer. Les images qu'on tourne sur ces lieux sont édifiantes. Celles filmées mercredi, par exemple, sont parmi les plus fortes, tous médias confondus, depuis le début de cette crise. Elles en disent long sur la panique de la population après ce genre d'attaque.

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