Guerre entre Israël et le Hamas : ce que l'on sait de l'opération israélienne contre l'hôpital al-Chifa de Gaza

L'armée israélienne a débuté lundi une opération contre le plus grand complexe hospitalier de la bande de Gaza. Elle a causé la mort de plusieurs dizaines de combattants palestiniens et a forcé des centaines de civils à fuir la zone.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Des Palestiniens déplacés fuient la zone située à proximité de l'hôpital al-Chifa de la ville de Gaza, le 18 mars 2024. (AFP)

L'hôpital al-Chifa toujours ciblé par Israël. Le plus grand complexe hospitalier de la bande de Gaza, déjà pris d'assaut en novembre, a été le théâtre d'une nouvelle opération de l'armée israélienne, lundi 18 mars.

Commencée peu avant l'aube, l'opération s'est poursuivie toute la journée et se poursuit mardi. Son objectif est d'arrêter "des terroristes haut gradés du Hamas", ont justifié les autorités israéliennes, mais l'hôpital sert aussi de refuge à des centaines de civils. Mardi, l'armée israélienne dit avoir tué "plus de 50 terroristes" et arrêté "approximativement 180 suspects".

Envoi de chars et de véhicules blindés israéliens

L'"opération ciblée" a débuté lundi matin. "L'opération repose sur des informations indiquant l'utilisation de l'hôpital par des terroristes haut gradés du Hamas", a avancé le communiqué. "Au cours de l'opération, les terroristes ont ouvert le feu sur les troupes depuis l'hôpital, a expliqué un autre communiqué conjoint de l'armée et du renseignement intérieur israélien. Les troupes ont répliqué en tirant". Ce qui suggère que des individus avaient été touchés par les tirs.

Sur place, des témoins ont confirmé à l'AFP "des opérations aériennes" sur le quartier d'al-Rimal où se trouve l'hôpital, dans lequel seraient tombés des "éclats d'obus". Des habitants de Gaza ont affirmé que "plus de 45 chars et véhicules blindés de transport de troupes israéliens" étaient entrés dans le quartier. Certains ont rapporté "des combats" autour du bâtiment. L'armée israélienne s'est adressée par haut-parleurs aux habitants de la zone pour leur demander de rester chez eux alors que des drones étaient en train de tirer "sur les personnes dans les rues près de l'hôpital", selon des témoins cités par l'AFP.

Les troupes israéliennes avaient reçu "des instructions sur l'importance d'opérer avec prudence, ainsi que des mesures à prendre pour éviter de blesser les patients, les civils, le personnel médical", affirme un porte-parole de l'armée israélienne. "Des personnes parlant arabe ont été amenées sur place pour faciliter les échanges avec les patients, ajoute-t-il, les patients et le personnel médical ne sont pas obligés d'évacuer."

Israël dit avoir trouvé des armes, le Hamas dément

Pour justifier cette opération, l'armée israélienne a diffusé ce qu'elle présente comme un extrait d'un échange téléphonique ayant eu lieu "ces derniers jours" entre l'administration de coordination et de liaison israélienne (CLA) et un responsable du ministère de la Santé à Gaza, au cours duquel son représentant a expliqué être "prêt" à fournir de l'aide si "les activités terroristes" au sein de l'hôpital cessent. Elle a assuré avoir trouvé "des munitions, des armes et des équipements militaires", appuyant ses dires par une vidéo, publiée sur le réseau social X, dans laquelle elle montre ce qu'elle présente comme des armes et de l'argent utilisés par le Hamas ou le Jihad islamique, une autre organisation armée palestinienne, saisis dans l’hôpital.


"Nous confirmons que les récits de l'occupation [Israël] sont faux, ont rétorqué les mouvements palestiniens actifs dans la bande de Gaza dans un communiqué commun. Les hôpitaux sont des bâtiments civils dédiés à la santé, qui n'ont rien fait qui contrevienne à leurs tâches comme elles sont définies par le droit international humanitaire".

Un lourd bilan humain

Peu après le début de son opération, l'armée israélienne a demandé à la population civile d'évacuer "immédiatement" la zone de l'hôpital al-Chifa, a écrit un porte-parole dans un message publié sur le réseau social X. Il a recommandé à la population d'évacuer "vers l'ouest", c'est-à-dire vers la mer, et de prendre ensuite la route longeant la côte "vers le sud jusqu'à la zone humanitaire de al-Mawasi", qui est située dans le sud de la bande de Gaza, à près de 30 kilomètres. Des tracts avec le même message ont également été largués par avion sur la zone.

L'armée israélienne a affirmé, mardi, avoir "éliminé" plus de 40 "terroristes" – 20 dans le complexe hospitalier et "plus de 20 dans la zone autour" – et arrêté "plus de 200 terroristes présumés". Elle a notamment tué Fayq Al-Mabhouh, présenté par le porte-parole israélien comme "le chef des opérations spéciales de l'organisation de sécurité interne du Hamas".

De son côté, le Hamas a accusé l'armée israélienne de "crime de guerre", pour avoir "ciblé les bâtiments" d'al-Chifa "sans se soucier des patients, des équipes médicales et des déplacés", alors que "des dizaines de milliers de personnes" s'y trouvaient au moment de l'attaque. Le ministère de la Santé de Gaza a fait état de "dizaines de morts et de blessés", la plupart des civils, sans donner de chiffre précis. Il a assuré qu'un des bâtiments avait pris feu après "une frappe aérienne" et a déploré "des dizaines de martyrs".

L'OMS "très préoccupée" par la situation sur place

Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'OMS, s'est dit lundi "terriblement préoccupé" par la situation à al-Chifa, affirmant que les combats "mettaient en danger la santé des personnels, des patients et des civils". "Tout combat ou militarisation de l'établissement compromet les services de santé, l'accès pour les ambulances et l'acheminement de fournitures destinées à sauver des vies", a-t-il écrit sur le réseau social X. "Les hôpitaux ne devraient jamais devenir des champs de bataille", a-t-il ajouté. Tedros Adhanom Ghebreyesus a également souligné que l'établissement "venait juste de reprendre un service minimum de soins". "Les hôpitaux doivent être protégés. Cessez-le-feu !", a-t-il conclu.

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