En France, les manifestations pro-palestiniennes "depuis des années, ça ne finit jamais bien", estime François Pupponi, ancien maire de Sarcelles

Le député MoDem du Val-d'Oise accuse La France insoumise de "jouer avec le feu" en criant au "déni de justice" quant à l'interdiction de certains cortèges.

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Radio France
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François Pupponi, député MoDem du Val-d’Oise, ancien maire socialiste de Sarcelles, le 4 février 2020. (LIONEL GUERICOLAS / MAXPPP)

Plusieurs rassemblements de soutien au peuple palestinien sont annoncés samedi 15 mai dans toute la France. Certains cortèges ont été interdits notamment à Paris pour des raisons de sécurité, défend le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Mais les organisateurs maintiennent leur appel à manifester. François Pupponi, député MoDem du Val-d’Oise, affirme sur franceinfo qu'en France, les manifestations pro-palestiniennes "depuis des années, ça ne finit jamais bien". Il témoigne de son expérience en tant qu'ancien maire socialiste de Sarcelles en 2014 lors de la manifestation pro-palestinienne qui avait dégénéré.


La présidente d'Amnesty Internationale en France Cécile Coudriou estime que l'interdiction du cortège parisien est une atteinte au droit de manifester. Qu'en pensez-vous ?

Sur le principe, on peut l'entendre. Le problème, c'est que sur ces manifestations liées au conflit israélo-palestinien organisées par les pro-palestiniens, depuis des années, ça ne finit jamais bien.

"C'est a minima des insultes et des cris antisémites : "Mort aux Juifs, mort à Israël", voire des dégradations et des attaques."

François Pupponi, député du Val-d'Oise

à franceinfo

À Sarcelles en 2014, la manifestation était interdite, et ils ont mis la ville à sac après avoir tenté d'attaquer la synagogue. Tous les commerces tenus par des membres de la communauté juive de Sarcelles à côté de la synagogue ont été vandalisés. C'est ça aussi la réalité. On a le droit de manifester. On peut le faire pacifiquement, sans avoir des propos antisémites et sans tout saccager lorsque l'on passe à côté d'un lieu de la communauté juive. Aujourd'hui la France, comme d'autres pays, a redéfini ce qu'était l'antisémitisme en l'élargissant à la haine d'Israël. Tout le monde peut critiquer la politique de Benjamin Netanyahou et de son gouvernement, ça ne pose pas de difficulté. Mais quand on crie "mort à Israël", lorsqu'on veut faire disparaître l'État d'Israël, on considère que c'est de l'antisémitisme. Quand on dit "mort à Israël", ça veut dire "mort aux Juifs". Donc il y a une dérive du mouvement pro-palestinien. On peut défendre la cause palestinienne, c'est tout à fait louable et respectable, mais on n'est pas obligé de demander la mort de l'État d'Israël.

En 2014 d'après vous, qui était à l'origine des violences et des débordements ? Était-ce organisé ?

C'était organisé par des réseaux proches de ce qu'on appelle les "réseaux de la diversité", des associations pro-palestiniennes. Mais ensuite, ceux qui sont passés à l'acte sont souvent des jeunes de banlieue qui ne sont pas structurés. Le problème dans notre pays, c'est qu'il y a des réseaux qui animent le combat pro-palestinien et la haine d'Israël, et qu'ensuite, un certain nombre d'individus qui sont très loin de ce conflit profitent de ces manifestations pour passer à l'acte. C'est toujours comme ça que ça se passe et c'est là où c'est inquiétant, en particulier lorsque certains responsables politiques jettent de l'huile sur le feu. Certains individus, qui n'ont pas la capacité de recul mais qui sont extrêmement violents, peuvent, à l'occasion de toutes ces déclarations, décider de passer à l'acte.

Quand vous entendez un parti comme La France Insoumise, qui crie au déni de démocratie, qui parle d'une provocation de la part du ministre de l'Intérieur, que pensez-vous ?

Ils sont dans l'exagération comme ils le sont depuis des années. Est-ce qu'ils savent qu'en disant cela, ils excitent, ils animent la haine chez un certain nombre d'individus qui n'attendent que ça pour passer à l'acte ? Ils jouent avec le feu.

"Nous sommes assis sur une poudrière et chaque fois que quelqu'un va essayer d'allumer une allumette à côté de cette poudrière, ça peut exploser."

François Pupponi

à franceinfo

Donc, si effectivement il y a des heurts cet après-midi, ils auront une part de responsabilité. Dans un conflit comme celui-là, il faut et par rapport à ce qui se passe en Israël et par rapport à ce qui se passe en France, essayer, faire baisser la pression. On n'est pas là pour en rajouter, on est là pour essayer de trouver un chemin pour la paix. Et chaque fois que La France Insoumise en particulier anime la haine, ça peut avoir des conséquences dramatiques de notre pays.

Certains pensent que ce sont justement les interdictions de ces manifestations qui font courir des risques. Que répondez-vous ?

On est dans un pays qui a des règles et des lois. Et lorsqu'il y a des risques avérés de troubles à l'ordre public, le gouvernement peut interdire une manifestation. C'est l'application de la loi. Hier, les tribunaux l'ont validé et on verra bien ce que dira le Conseil d'État. Il faut aussi en démocratie accepter l'application de la loi par un gouvernement. Et sincèrement, on ne peut pas dire qu'en France on ne puisse pas manifester. On a connu récemment les "gilets jaunes", il y a des manifestations quasiment quotidiennement. La dernière manifestation organisée par le "camp d'en face", la communauté juive de France, c'était il quelques semaines pour le cas Sarah Halimi. Il n'y a pas eu un débordement, pas une déclaration belliqueuse. Et alors que les manifestations pro-palestiniennes finissent quasiment tout le temps avec a minima des écrits antisémites, voire des dégradations. Si les pro-Palestiniens étaient en capacité de faire des manifestations pacifiques, il n'y aurait aucun problème. On a le droit de défendre cette cause. Malheureusement, ce n'est pas le cas.

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