"C'est comme si c'était du paintball" : en Israël, le tourisme militaire est en plein boom

Depuis quelques années, d'anciens soldats de l'armée israélienne proposent des stages sur les techniques antiterroristes dans une colonie.

Un stage en 2016, présenté sur la page Facebook de Caliber 3.
Un stage en 2016, présenté sur la page Facebook de Caliber 3. (CAPTURE D'ECRAN)

Des sessions de démonstration et de formation aux techniques antiterroristes pour les touristes de passage : en Israël, depuis quelques années, d'anciens soldats proposent des stages spécifiquement étudiés. Et les touristes sont de plus en plus nombreux à suivre ces soldats d'élite, comme par exemple à l'école de formation Caliber 3, installée dans la colonie de Goush Etzion. Elle propose une session de deux heures consacrée au contre-terrorisme pour un peu plus de 110 dollars. 

Avec le tir à l'arme automatique, l'attaque terroriste d'un palestinien est le gros morceau de ce stage animé par Eitan Cohen, ancien membre des forces spéciales. "Je sais qu'il y a une part de votre subconscient qui vous dit que vous êtes dans l'un des pays les plus sûrs du monde, mais que l'autre partie a eu très peur", lance-t-il aux touristes après la simulation de cette attaque terroriste. Autour de lui, il y a une vingtaine de touristes juifs, originaires du Mexique et du Venezuela, dont certains sont venus avec leurs enfants. Une partie d'entre eux recherche l'adrénaline.

Pour les enfants, c'est comme si c'était du paintball. On n'est pas là pour utiliser une arme de mainUn stagiaireà franceinfo

D'autres veulent se reconnecter avec l'armée et la réalité d'Israël : "On se sent plus proche des dangers qui menacent Israël et on comprend comment l'armée agit dans ce genre de situations, témoigne un touriste. Je n'imaginais pas ce que c'était avant de venir ici."

L'assentiment des autorités israéliennes 

Ce stage est plus une démonstration qu'un apprentissage. Il a été monté pour les touristes il y a huit ans et a reçu l'aval des autorités israéliennes, qui ont souhaité en faire une vitrine technique et morale de l'armée israélienne. Les stagiaires viennent assez peu d'Europe et de France, malgré la multiplication des attaques terroristes. "On a le même nombre de personnes qui viennent de là-bas, mais on voit un changement dans leur perception, reconnaît Yoav Fleishman, de Caliber 3. Ils se sentent beaucoup plus impliqués parce que c'est quelque chose qui les a touchés. Ce n'était pas le cas il y a quelques années." 

Caliber 3 n'échappe pas aux critiques. Le centre est situé en territoire occupé. Selon Harry, un Israélien qui est venu tester le stage pour se faire une opinion, il témoigne de la face sombre d'Israël. "C'est du tourisme de guerre. Je trouve que ça militarise les civils et c'est perturbant de constater que tout cela constitue une partie d'Israël." Les stages pour touristes représentent 40% de l'activité de ce centre de formation, initialement monté pour les professionnels. D'après le responsable, il draine plus de 20 000 personnes par an.