Bombardement à Rafah : la cible était-elle en dehors d'une zone humanitaire comme l'affirme Israël ?

Les frappes israéliennes sur un camp de réfugiés de Rafah de ce week-end sont au menu des discussions de la réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU mardi.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Les frappes israéliennes s'intensifient sur Rafah, au sud de la bande de Gaza où des milliers de Palestiniens ont trouvé refuge. (EYAD BABA / AFP)

Les condamnations internationales sont unanimes depuis le bombardement du camp de réfugiés de Rafah dans le sud de la bande de Gaza. Les frappes israéliennes ont fait 45 morts et 249 blessés parmi les civils palestiniens qui avaient trouvé refuge dans ce camp sur les indications, selon eux, de l'armée israélienne. Pour le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, il s'agit d'un "accident tragique" et l'armée a ouvert une enquête, tout en affirmant qu'elle ne ciblait pas de zone humanitaire.

La frappe a eu lieu en dehors de la zone humanitaire délimitée par Israël

L'endroit visé n'était pas une zone humanitaire, a confirmé le porte-parole de l'armée israélienne, le colonel Olivier Rafowicz, sur franceinfo mardi 28 mai : "Il est clair que nous parlons ici d'une zone de guerre, la zone n'est pas une zone humanitaire. La région est une région où les gens ont décidé de rester là-bas, il y a une zone beaucoup plus importante au nord-ouest de Rafah, qui est la zone humanitaire. Par contre, le Hamas a tout intérêt à tirer des missiles et à être présent militairement dans des zones peuplées, comme c'était le cas d'ailleurs des rampes de lancement qui ont été lâchées il y a deux jours vers Tel-Aviv, dans des zones extrêmement peuplées de Gaza, la région de Rafah."

Depuis le début de la guerre, l'armée israélienne a découpé la bande de Gaza en milliers de petites zones numérotées. Au fur et à mesure des opérations militaires, elle demande à la population d'évacuer dans tel ou tel endroit en donnant les numéros des espaces censés être épargnés par les combats et les bombardements. La frappe de dimanche soir et l'incendie qui a suivi se sont produits dans la zone 23 71. Et selon la dernière carte publiée par l'armée le jour du début de l'offensive à Rafah, le 6 mai dernier, elle est à la lisière de l'espace humanitaire désigné comme sûr. Théoriquement, le colonel Olivier Rafowicz a raison : la frappe a eu lieu en dehors de la zone humanitaire délimitée par Israël.

Mais Israël établit ses propres règles et ne les respecte pas toujours

Mais ce débat soulevé par l'armée israélienne n'a pas vraiment de sens quand il s'agit de civils. D'abord parce que l'armée israélienne ne respecte pas toujours ses propres règles et se permet de bombarder des zones qu'elle considère comme humanitaires si elle soupçonne la présence de miliciens du Hamas. "Il n'y a aucun lieu sûr à Gaza et c'est clair que personne n'est en sécurité nulle part dans la bande de Gaza, rappelle Jonathan Fowler, porte-parole de l'UNRWA, l'agence de l'ONU en charge du camp de déplacés touché dimanche soir. Chaque jour qui passe, nous voyons de plus en plus de civils et de familles qui meurent et qui doivent vivre dans des conditions parfaitement indescriptibles. La bande de Gaza est devenue un enfer sur Terre. Il faut un cessez-le-feu immédiatement."

Autre problème, avec ce découpage de Gaza en zones, Israël établit ses propres règles qui n'ont aucune valeur sur le plan du droit international et génèrent des déplacements de population sans prendre en compte les contraintes humanitaires de l'UNRWA et des ONG sur place.

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