Visite d'Emmanuel Macron en Arabie saoudite : "Il va falloir faire un certain numéro d'équilibrisme", estime la spécialiste Anne Gadel

Emmanuel Macron va rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane samedi, trois ans après l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

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Radio France
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Mohammed ben Salmane et Emmanuel Macron le 4 décembre 2021. (BANDAR AL-JALOUD / SAUDI ROYAL PALACE)

"Il va falloir faire un certain numéro d'équilibrisme" en Arabie saoudite pour Emmanuel Macron, estime samedi 4 décembre Anne Gadel, membre de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean-Jaurès. Emmanuel Macron doit rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane, trois ans après l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Dans cette affaire, des journalistes, des organes des Nations unies, ainsi que la CIA, ont mis en cause le prince héritier et homme fort d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane, qui dément.

franceinfo : Dans ce contexte autour de la question des droits humains, comment va se dérouler la rencontre entre les deux chefs d'Etats ?

Anne Gadel : Cette rencontre va se dérouler dans un climat de tension. Il va falloir faire un certain numéro d'équilibrisme. Si on décide d'aller en Arabie saoudite, si on rencontre Mohammed ben Salmane, on s'expose aux critiques. Dans le même temps, il y a un certain nombre de dossiers régionaux. Je pense principalement au Liban, mais il y a la question du nucléaire iranien dont il faut discuter. Le choix de venir en Arabie saoudite, de rencontrer Mohammed ben Salmane et de facto lui offrir une espèce de réhabilitation internationale, ça conduit à un numéro d'équilibriste assez délicat. Très clairement, on voit que la politique étrangère de la France est largement déterminée par sa politique commerciale, notamment des ventes de matériel d'armement. Ces pays-là sont nos principaux clients. On peut parler de pragmatisme, de réalisme. La France et Emmanuel Macron, en particulier en ce moment, cherchent à s'immiscer dans certaines brèches qui peuvent être ouvertes dans la région

Quel rôle peut jouer l'Arabie saoudite autour du Liban et du nucléaire iranien ?

L'Arabie saoudite est incontournable dans le dossier libanais. Elle a coupé les relations diplomatiques avec le Liban. C'était un peu le point culminant d'une dégradation constante des relations entre l'Arabie saoudite et le Liban. Sur le plan du Hezbollah qui gagne vraiment en puissance sur la vie politique libanaise, cela commence sérieusement à lasser, voire agacer les Saoudiens, qui sentaient qu'ils ne pouvaient pas compter sur les sunnites pour endiguer cette situation. La question du Hezbollah est naturellement liée à la question de l'activité régionale de l'Iran, entre autres au Yémen. En point d'orgue de tout cela, il y a les négociations qui ont eu lieu cette semaine à Vienne concernant le retour ou pas des États-Unis dans l'accord sur le nucléaire iranien. Emmanuel Macron avait un rôle assez important de navette, de fait, de relayer un petit peu les demandes et les griefs des puissances régionales du Golfe.

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