Prix Nobel de la Paix à la Yézidie Nadia Murad : "Le monde n'a pas pris conscience de ce qui s'est passé" en Irak, estime Caroline Fourest

Alors que le prix Nobel de la Paix a été attribué vendredi au médecin congolais Denis Mukwege et à la militante yézidie Nadia Murad, la journaliste Caroline Fourest revient sur franceinfo sur le génocide subi par les Yézidis, communauté kurdophone, cibles des jihadistes de Daech en Irak.

La réalisatrice et journaliste féministe Caroline Fourest, en octobre 2014.
La réalisatrice et journaliste féministe Caroline Fourest, en octobre 2014. (JOEL SAGET / AFP)

Caroline Fourest, journaliste, essayiste, est revenue, vendredi 5 octobre sur franceinfo, sur le génocide subi par les Yézidis, communauté kurdophone, cibles des djihadistes de Daech en Irak. Le prix Nobel de la Paix a été attribué ce vendredi au médecin congolais Denis Mukwege et à la militante yézidie, Nadia Murad, qui fût elle-même vendue comme esclave sexuelle. Caroline Fourest est l'auteure de Red Snake, un long métrage qui sortira à la fin de l'année sur une jeune Yézidie qui est parvenue à se sauver des griffes de Daech et rejoindre une brigade de femmes combattantes. Selon la réalisatrice, "le monde n'a pas pris conscience de ce qui s'est passé" en Irak en 2014.

Comment accueillez-vous ce prix Nobel de la Paix attribué entre autre à Nadia Murad ?

Caroline Fourest : Cela fait sens. C'était très nécessaire pour mettre en lumière ce génocide. Le monde n'a pas pris conscience de ce qui s'est passé si près de nous.
On n'a pas pris le temps d'écouter tous les récits d'horreur notamment de ces femmes yézédies qui ont été littéralement vendues comme esclaves. Contrairement aux violences sexuelles de guerre que l'on connaît tragiquement depuis des centaines d'années, ce qui s'est passé en août 2014 à l'ouest de l'Irak, c'est une volonté très rationalisée et mécanique, d'aller faire des razzias dans des villages pour enlever des femmes yézédies et pour les vendre sur un marché aux esclaves où elles avaient des prix, selon si elles étaient vierges ou non, selon leur âge.

Vous avez pu recueillir les témoignages de certaines de ces femmes…

Il y a des récits absolument glaçants avec des jeunes femmes qui ont essayé de se défigurer avec des épingles pour ne pas être vendues. D'autres qui ont essayé de se tuer. J'ai moi-même rencontré dans un camp de réfugiés au Kurdistan irakien des survivantes. Une jeune peintre avait dessiné un tableau d'une survivante qui, dans la tente d'à côté, s'était pendue, parce que même une fois libérée, elle n'a pas survécu à ce qu'elle avait enduré. Ce qu'elle a enduré comme des milliers de femmes, c'est d'être réduite à l'état animal, mais aussi d'être vendues, revendues et violées des centaines de fois.

Les mères de ces jeunes filles ont subi le même sort…

Les jeunes filles ont été séparées de leurs mères. Les mères étaient dans un autre circuit où elles ont été enfermées dans des caves et violées collectivement après des mariages temporaires qui est la grande hypocrisie de ces intégristes. Elles ont été violées plusieurs fois par des dizaines et des dizaines de combattants. Vous pouvez vous imaginer de l'état de ces mères et de ces filles quand elles se retrouvent sous les tentes des réfugiées dans lesquelles elles sont toujours. Il y a encore des milliers de femmes dont on ne sait pas où elles sont qui, après l'effondrement de l'Etat islamique, sont peut-être parties avec leur bourreau ou qui sont mortes.