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En Hollande, le changement c’est maintenant ?

Les Néerlandais, qui ont connu six gouvernements différents depuis dix ans, retournent aux urnes après une crise gouvernementale liée à la crise économique. Une situation qui devrait modifier la prochaine majorité, la gauche pouvant devenir majoritaire.
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France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Diederik Samsom, le leader du parti travailliste néerlandais (AFP/JERRY LAMPEN)

Les législatives néerlandaises du 12 septembre 2012 se déroulent dans un climat économique morose. L'époque où le pays affichait des taux de croissance supérieur à 3% en 2006, 2007 et 2009, semble désormais bien loin. Selon la Banque centrale des Pays-Bas (DNB), la récession amorcée en 2011 va durer encore deux ans dans le pays. L'activité devrait se contracter de 0,6% en 2012, avant de revenir à une croissance positive de 0,6%, en 2013.

Les Pays-Bas, puissance industrielle et commerciale, ont en effet brutalement été touchés par la crise économique qui plombe tous les pays de la zone euro à des degrés divers (le PIB de la zone euro devrait se contracter de 0,3% cette année).

«L'économie s'est contractée au cours des deux derniers trimestres de 2011, tant du fait du tassement de l'activité aux Pays-Bas que d'un ralentissement brutal des échanges internationaux sous l'effet d'un regain de turbulences financières au niveau mondial», note l’OCDE qui scrute les économies des pays développés.

La croissance dans le rouge
«La croissance ne devrait se redresser que lentement aux Pays-Bas, de sorte que le chômage devrait continuer d'augmenter à court terme », ajoute l’OCDE dans une étude de juin 2012. L'organisation, tout en se déclarant favorable à «la maîtrise des finances publiques», estime que «le gouvernement devrait éviter toute procyclicité excessive en cas de ralentissement marqué de l'économie, dans la mesure où cela pourrait mettre en péril la reprise économique et aggraver les déséquilibres des paiements courants dans la zone euro».

En clair, l’OCDE demande de la rigueur mais pas trop et pas tout de suite… et comme d’habitude réclame des mesures «structurelles» (entendre : que le social soit moins cher, que la main d’œuvre soit moins protégée…) dans un pays où la part de travailleurs précaires (CDD, intérim…) est passée de 13% à 18% de la population active.

Le chômage est en hausse et la consommation en berne, les ménages anticipant des hausses de la TVA et une augmentation des cotisations sociales.

Pays partisan de la rigueur économique, les Pays-Bas se sont toujours montrés favorables, comme les Allemands, à une stricte interprétation des traités européens en matière de règles budgétaires ou de déficits.

Résultat : Bruxelles ne s'est pas gêné pour demander des efforts budgétaires importants : "Nous pensons que les Pays-Bas sont un pays qui s'est fait beaucoup entendre lorsqu'il s'est agi de renforcer nos règles de surveillance budgétaire dans la zone euro au cours des derniers mois. Il est donc normal de penser que les Pays-Bas vont appliquer la même approche à leur propre politique», a ironisé Bruxelles.

Emile Roemer, le "Mélenchon" néerlandais (PHIL NIJHUIS / ANP / AFP)
 
Crise politique
Lors de l'apparition d'un déficit supérieur aux 3% autorisés pour 2011, le gouvernement conservateur minoritaire (parti libéral, WD de Mark Rutte) s’est retrouvé obligé d’opter pour des restrictions budgétaires (notamment sur les retraites) après que les déficits publics ont affiché 4,1% du PIB en 2011. Ce qu’a refusé son allié proche d’extrême-droite (le PVV de Geert Wilders), qui le soutenait sans participer au gouvernement, provoquant la crise politique.

Aujourd’hui, les partis favorables à une politique stricte en matière de déficits et de dettes se retrouvent bien seuls face à une opinion réticente, jusque dans des sphères inattendues. Une enquête publiée le 3 septembre par le site hollandais d'informations économiques Z24, qui a sondé 500 chefs d'entreprise, montre que 20% d'entre eux voudraient quitter la zone euro et que seulement la moitié défendent la zone euro telle qu'elle existe. Du coup, les élections ont tendance à se transformer en référendum sur les choix économiques de l’Europe.

 

Doutes sur l’Europe
Dans ce pays qui «bénéficie de la mondialisation grâce au renforcement du commerce international et à l'augmentation des flux d'investissement direct étranger» comme le note l’OCDE, le sentiment anti-européen est puissant.

«Plus de Bruxelles, ce n'est pas la solution pour sortir de la crise de la zone euro», martèle Emile Roemer, leader du parti socialiste (SP) de tendance «mélenchoniste». Même le premier ministre sortant, Mark Rutte, ne se prive pas de jouer sur la corde anti-européenne dans la campagne, en disant que les subventions pour l'Europe du sud, «ça suffit».

Pays riche et européen depuis toujours, les Pays-Bas, qui avaient voté non, comme en France, au traité constitutionnel européen, se retrouvent pour ces élections législatives dans une situation qui n’est pas sans rappeler… la Grèce, avec la montée d’une gauche opposée à la rigueur en vogue, une extrême-droite puissante et finalement des conservateurs et des sociaux-démocrates assez proches les uns des autres.

Une campagne centrée sur l’Europe
L’austérité et l’Europe sont au centre de ces élections. A gauche, le SP fait sa campagne sur la nécessité de relancer la croissance et de limiter les pouvoirs de Bruxelles.

«Nous voulons garder l'euro, mais nous ne sommes pas en mesure de dire si celui-ci va survivre au vu des mesures d'austérité néfastes qui sont prises actuellement» en Europe, affirme Emile Roemer, qui veut une relance économique et entend repousser la date d’un retour au 3% de déficit budgétaire.

Ce parti, dont les idées seraient proche de celle du Front de gauche en France, adopte volontiers un ton virulent contre Bruxelles. «Les gens sont plus importants que les petites règles (de Bruxelles), soutient-il, et s'ils menacent de nous infliger une amende, j'irai gentiment expliquer à Bruxelles et à l'Europe que nous avons affaire à des circonstances qui imposent des investissements», a ainsi affirmé son leader.

Geert Wilders en campagne (ROBIN UTRECHT / ANP / AFP)


Ton violement anti-européen chez les «populistes» du PVV de Geert Wilders dont le slogan de campagne est clair : «Nos Pays-Bas, leur Bruxelles». Le Parti de la liberté, qui s’est fait connaître par son discours anti-immigrés et surtout anti-islam, milite pour que les Pays-Bas abandonnent la monnaie unique, quittent l'Union européenne et l'espace sans passeport Schengen et cessent de contribuer aux aides financières aux pays du sud de l'Europe.

Cette question de la solidarité européenne vis-à-vis des pays de l’UE en difficulté a été abordée par tous les partis. Le Parti libéral (VVD) a indiqué que «les Pays-Bas n'apporteront pas leur  contribution à une nouvelle éventuelle aide financière à la Grèce». De leur côté, les travaillistes (PVDa, social-démocrate) du charismatique Diederik Samsom se déclare hostile à l’austérité (son slogan de campagne : un pays «plus fort et plus social»), mais défend l’idée d’une forte intégration européenne. «Pour résoudre cette crise de l'euro, nous devrons partager plus de compétences, au-delà de ce que nous estimons confortable», a déclaré Diederik Samsom, dont le parti semble profiter en fin de campagne des qualités médiatiques de son leader.

Le Parti de la Liberté pourrait faire les frais de la campagne si la crise ouverte par son refus d’adopter les mesures de rigueur voulu par les libéraux se concluait par une grande coalition. Cette grande coalition pourrait regrouper le VVD, le CDA (chrétiens-démocrates), D66 (démocrates du centre) et le PvdA (social démocrate), ce qui exclurait le SP (socialistes à gauche de la gauche) et le PVV (droite anti-islam et anti-européenne).

Quelle que soit la coalition (provoquée par le système proportionnel) qui sortira vainqueur des urnes, elle devra trouver les solutions pour relancer l’économie néerlandaise, sans doute en restant dans les règles définies par Bruxelles. Mais en raison de ses problèmes économiques, elle devrait adopter une ligne moins rigide que celle de Berlin, isolant un peu plus Angela Merkel dans une Europe résolument à la recherche d’une improbable croissance.

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