"Paradise Papers" : "Nous savons ce qu'il faut faire" pour lutter contre les paradis fiscaux, assure Eva Joly

Eva Joly, eurodéputée et ancienne magistrate, a accusé lundi sur franceinfo les "mauvais élèves" de l'Union européenne d'empêcher une réforme contre les paradis fiscaux. Parmi eux, selon elle, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Irlande et le Royaume-Uni.

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"L'Union européenne est le premier marché mondial, nous avons les moyens de remédier" à l'évasion fiscale révélée par les "Paradise Papers" "si nous le voulons", a déclaré Eva Joly, eurodéputée EELV et ancienne magistrate, lundi 6 novembre sur franceinfo.

"Nous savons ce qu'il faut faire, affirme Eva Joly. Nous venons de terminer le travail avec une commission d'enquête sur les 'Panama Papers' au Parlement européen, nous avons fait un rapport sur l'étendue du problème et comment le combattre. Mais les intérêts des États membres y sont opposés. Les mauvais élèves, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Irlande et l'Angleterre, avec les Bermudes et les îles Caïmans, s'opposent à toute réforme depuis 40 ans. L'Angleterre refuse par exemple que les pays qui pratiquent 0% d'impôts figurent sur la liste des paradis fiscaux", explique l'eurodéputée EELV.

"Les moyens d'isoler ces pays existent"

Pour elle, les schémas d'évitement de l'impôt qui restent dans le cadre de la légalité ne sont pas légitimes : "Ces structures opaques, dont beaucoup ne coopèrent pas avec la justice, servent aussi à blanchir l'argent criminel. Ce sont les mêmes intermédiaires. Ils servent aux multinationales à ne pas payer d'impôt. Il faut arrêter de laisser ces entreprises avoir 1 000 ou 2 000 filiales. Ce sont des groupes, ils doivent être imposés chacun comme un seul groupe. Nous travaillons dessus au niveau de l'UE, mais ça bloque au niveau du Conseil", c'est-à-dire des Etats membres.

Eva Joly estime que l'opposition du Luxembourg, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de l'Irlande quant à la lutte contre l'évasion fiscale peuvent être contournées : "Les moyens d'isoler ces pays existent, nous pourrions, en Union européenne, dénoncer les accords fiscaux que nous avons et passer en coopération renforcée avec la France, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne et isoler ceux qui ne veulent pas. [...] La Commission européenne, si elle se sent assez forte, peut estimer que c'est une distorsion de concurrence et passer outre l'unanimité des États membres" a-t-elle affirmé. 

Eva Joly le 6 novembre 2017.
Eva Joly le 6 novembre 2017. (CAPTURE D'ÉCRAN / RADIO FRANCE)