"Paradise Papers" : les liens d'affaires opaques entre un ministre de Donald Trump et des oligarques russes

Un très proche de Donald Trump, l’actuel secrétaire au commerce des Etats-Unis Wilbur Ross, entretient des liens d’affaires avec l’entourage du président russe, Vladimir Poutine.

Wilbur Ross aux côtés de Donald Trump, le 31 mars 2017.
Wilbur Ross aux côtés de Donald Trump, le 31 mars 2017. (SAUL LOEB / AFP)
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Cellule Investigation Radio France / ICIJ / Süddeutsche ZeitungfranceinfoRadio France

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Le Congrès américain et le FBI le soupçonnait. Les "Paradise Papers" en apportent désormais la preuve. Malgré les sanctions américaines contre la Russie, Wilbur Ross, actuel secrétaire au commerce des Etats-Unis, possède toujours des intérêts dans la compagnie de transport maritime de gaz liquéfié Navigator Holdings qui fait des affaires avec un géant du gaz et du pétrole, SIBUR, contrôlé par des proches du président russe, Vladimir Poutine.

Le gendre de Vladimir Poutine

"Les Américains doivent connaître le degré exacte de vos liens avec la Russie". C’est en ces termes qu’en février 2017, le sénateur américain Cory Booker interpelle directement Wilbur Ross qui vient de prendre ses fonctions officielles de secrétaire du commerce.

Neuf mois plus tard, les "Paradise Papers" révèlent que Wilbur Ross a conservé, par le biais de quatre structures aux îles Caïmans, une participation dans une compagnie de transport maritime (Navigator Holdings) en lien avec une importante société pétrolière et gazière russe (SIBUR). Créée en 1995, SIBUR est contrôlée par deux oligarques très proches de Vladimir Poutine : Leonid Mikhelson et Gennady Timchenko.

En 2014, le gendre de Poutine, Kirill Shamalov, rachète des parts de Timchenko et devient le deuxième actionnaire de SIBUR, avec 21% du capital. Il n’en détient aujourd’hui plus que 3,9%.

En novembre 2014, Wilbur Ross quitte officiellement le conseil d’administration de Navigator Holdings (où il est présent depuis 2012), mais il est remplacé par un proche collaborateur. Dès lors, les relations commerciales entre Navigator Holdings et SIBUR ne vont cesser de croitre : les revenus tirés de l’activité avec la société russe passent de 5 à 9%, entre 2014 et 2015.

Or, dans le même temps, des sanctions internationales sont prises contre la Russie, suite à l’annexion de la Crimée, en mars 2014. Si SIBUR ne fait pas partie des entreprises placées sous embargo par les Etats-Unis ou l’Union européenne, ses deux principaux actionnaires, Mikhelson et Timchenko, sont directement concernés.

Par ailleurs, Navigator Holdings possède comme client la principale société pétrolière vénézuélienne, PDVSA (Petroleos de Venezuela SA) également sous le coup de sanctions. Elle a aussi commercé, à au moins une reprise, en novembre 2011, avec le régime iranien, lui aussi à l’époque objet de sanctions internationales. Wilbur Ross pouvait-il l’ignorer ?

Une fortune grâce aux faillites

Proche de Donald Trump, Wilbur Ross a longtemps été un homme de l’ombre de la finance et du monde des affaires. Ce milliardaire de 80 ans (dont la fortune est évaluée par le magazine Forbes à 2,9 milliards de dollars) a longtemps travaillé pour la banque Rothschild.

Il s’est spécialisé dans la reprise d’entreprises en faillite, notamment dans le textile, l’acier et l’automobile, en réalisant des culbutes financières impressionnantes. Selon les calculs de l’agence Reuters, ses restructurations auraient supprimé 2 700 postes aux Etats-Unis, depuis 2004.

A l’aube des années 2000, l’homme crée sa propre société d’investissements, WL Ross & Co. Il a conseillé notamment un certain Donald Trump, lors de ses déboires financiers avec les casinos à Atlantic City.

Wilbur Ross est aussi une figure de la jet-set new-yorkaise, un amateur de beaux tableaux. L’homme a des connexions politiques tant du côté démocrate que du côté républicain.

"Il ne faut pas oublier que c’est lui qui a plaidé auprès de Trump pour qu’il ne rende pas public ses déclarations d’impôts, rappelle le spécialiste des États-Unis, Corentin Sellin. Une première depuis 40 ans pour un candidat américain. Or, c’est un point crucial. Seules ces déclarations d’impôts pourraient montrer les connexions personnelles du business de Trump avec la Russie."

La banque des oligarques russes

Depuis 2014, Wilbur Ross est également vice-président de la Bank of Cyprus. La sulfureuse première banque chypriote, sauvée de la faillite en 2013, compte de nombreux oligarques russes au sein de son conseil d’administration, comme Viktor Vekselberg, dont la fortune est évaluée à plus de 12 milliards de dollars. L’ancien vice-président du conseil d’administration de la banque, Vladimir Strzhalovsky, est un ancien du KGB proche de Vladimir Poutine.

"La Bank of Cyprus a financé la campagne de Trump, décrypte le journaliste Renaud Revel. Wilbur Ross a fait le lien entre des oligarques et le candidat Trump. Il a été le messager, la clé d’entrée vers le système Trump. C’est là-dessus que les services américains enquêtent, en ce moment."

En février 2017, plusieurs sénateurs démocrates ont demandé, par courrier, à Wilbur Ross de révéler si la Bank of Cyprus avait accordé des prêts à la Trump Organization, le groupe immobilier du président américain. Le secrétaire au commerce a toujours démenti le moindre conflit d’intérêt entre ses affaires et la politique.

Wilbur Ross a également fait recruter au sein de la Bank of Cyprus, un ancien responsable de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, lui aussi soupçonné d’être en relation avec des oligarques russes.

"Ses liens d’affaire avec les oligarques russes sont tels qu’il est évident que Wilbur Ross va être inquiété par la justice américaine", estime Renaud Revel.

En février 2017, le conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, Michael Flynn, a été contraint de démissionner, après la révélation de certaines discussions avec l’ambassadeur russe, à Washington.