À Gaza, les Palestiniens préparent une nouvelle mobilisation pour le "droit au retour"

Les habitants de la bande de Gaza manifestent de nouveau, vendredi, pour le droit au retour. Derrière ce mouvement, le Hamas sait qu'il vit un tournant stratégique.

Des Palestiniens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5 avril 2018.
Des Palestiniens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5 avril 2018. (SAID KHATIB / AFP)

Une nouvelle manifestation à haut risque doit se tenir, vendredi 6 avril, à la frontière israélienne, dans la bande de Gaza. Les habitants de l'enclave palestinienne se mobilisent de nouveau, à l'appel du Hamas et des autres groupes politiques gazaouis, pour réclamer l'application du "droit au retour".

La veille, Israël a prévenu que les consignes de tirs données à son armées seraient les mêmes que celles du week-end dernier, lorsque la manifestation avait fait 18 morts et des centaines de blessés côté palestinien. Les habitants de Gaza, eux, se disent déterminés à poursuivre leur mouvement non-armé qui doit culminer le 15 mai au lendemain du déménagement de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

Reportage d'Etienne Monin à la frontière israélienne, où les Gazaouis s'apprêtent à vivre une nouvelle journée de manifestation.
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Saed a une petite trace de sang, près du pouce sur sa main droite. C'est le sang de l'un de ses camarades qu'il a porté dans l'ambulance. Nous sommes face à la frontière avec Israël. De jeunes Palestiniens courent pour entasser les pneus qu'ils comptent enflammer vendredi, afin d'aveugler les snipers israéliens. "Il y a beaucoup de pneus et tout n’a pas été apporté ici, il y en a d’autres qui vont arriver encore', indique Saed.

Dans cette zone à haut risque, les règles se construisent au jour le jour. Les soldats tirent très sporadiquement, y compris sur les motos si elles s'approchent d'un peu trop près. "Ils nous visent parce que, le premier jour avec les motos, on faisait de la poussière et ça leur bouchait la vue, explique Youssef, un autre habitant. Ils visent soit le moteur soit le réservoir des motos, pour que ça brûle."

Des balles à fragmentation

Le bilan sanglant de la semaine dernière ne semble pas agir comme un repoussoir sur ces Gazaouis. Dans les chambres de l'hôpital Al-Shifa, les jeunes blessés ont presque tous été touchés à hauteur des genoux avec des dégâts importants, qui ressemblent à ceux des tirs par balles à fragmentation. "C’est plus compliqué de soigner et d’intervenir avec ce type de balle", déplore le porte-parole de l'hôpital, Naïm Al-Banna. Son diagnostic est d'ailleurs confirmé par Médecins sans frontières.

À Gaza, les Palestiniens comptent donc se faire entendre à nouveau vendredi. Ils font partie d'un mouvement politique ciblé sur l'occupation. Narimane veille son fils de 15 ans à l'hôpital. Pour elle, le carburant de cette révolte vient des difficultés sociales. "On va manifester pour le droit au retour, pour la terre, mais aussi pour l’électricité, pour l'eau et pour améliorer notre vie", confie-t-elle. 

On manifeste pour les diplômés qui sont chez eux parce qu‘ils ne trouvent pas de travail et les ouvriers qui ne travaillent pas et qui n‘ont rien à manger chez eux comme tout le monde ici.Narimane, une habitante de Gazaà franceinfo

Une récupération du Hamas

Ce mouvement est récupéré et alimenté par le Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza. C’est une sortie de secours pour lui alors qu'il traverse un moment critique. C'est donc aussi un choix de raison, plus qu'une conviction. La résistance armée ne disparaît pas pour autant, affirme néanmoins l'ancien ministre Ghazi Hamad : "On doit utiliser tous les moyens qu’on a, dit-il, que ce soit l’action politique, le soulèvement armé ou bien l’action diplomatique."

Je pense que la résistance pacifique est très bonne. Parfois, elle peut donner des résultats. Le problème, c'est que la communauté internationale regarde et ne fait rien.Ghazi Hamad, ex-ministre dans le gouvernement du Hamasà franceinfo

Cette appropriation du Hamas est critiquée dans l'enclave palestinienne. D'ailleurs, jeudi, l'organisation en a endossé le coût social, annonçant officiellement qu'elle paiera pour les blessés et les familles de victimes.