Carte Quels pays reconnaissent déjà l'Etat palestinien et quel est son statut au sein des Nations unies ?

La Palestine siège dans plusieurs instances et organisations internationales. Pourtant, de nombreux pays, notamment au sein de l'UE, ne reconnaissent pas encore son existence.
Article rédigé par Louis Dubar
France Télévisions
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Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, prononce un discours devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 20 février 2018 à New York (Etats-Unis). (ATILGAN OZDIL / ANADOLU AGENCY / AFP)

"Ce n’est pas parce que cette idée est vieille qu'elle est devenue caduque." Lors d'un déplacement en Egypte, mercredi 25 octobre, trois semaines après les attaques du Hamas qui ont fait plus de 1 400 morts en Israël, Emmanuel Macron a appelé à "parvenir à la solution de deux Etats, Israël et Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité". Cette coexistence entre deux Etats indépendants, l'un hébreu et l'autre palestinien, est au cœur des accords de paix d'Oslo, signés en 1993 mais jamais appliqués. Trente ans plus tard, la reconnaissance d'un Etat palestinien reste un enjeu majeur du conflit au Proche-Orient.

La proclamation d'un Etat de Palestine est pourtant intervenue dès 1988. Yasser Arafat, président du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), a fait cette déclaration solennelle quelques mois après le déclenchement de la première intifada, un soulèvement palestinien contre l'occupation israélienne. Pour Thomas Vescovi, chercheur en histoire contemporaine et auteur de L'Echec d'une utopie – Une histoire des gauches en Israël (éd. La Découverte), cette proclamation est un tournant car Yasser Arafat y a écarté l'idée d'une reconquête totale de la Palestine. L'OLP a accepté "un Etat palestinien indépendant réparti uniquement sur 22% de ce territoire comprenant la bande de Gaza, la Cisjordanie et avec Jérusalem-Est comme capitale", détaille le chercheur.

"Autre concession", l'organisation palestinienne a alors reconnu implicitement l'existence d'Israël. Le Conseil national palestinien a voté en faveur d'un appel pour l'organisation d'une conférence de paix pour résoudre le conflit sur la base de la résolution adoptée en 1967 à l'ONU, et qui fixe un plan de partition de la Palestine en deux Etats.

139 pays reconnaissent la Palestine

Dès novembre et décembre 1988, 85 pays étrangers ont reconnu l'Etat palestinien. Parmi eux, figurent notamment l'Egypte, la Turquie, la Chine, l'Inde, mais aussi tous les pays de l'ex-URSS. Une seconde vague de reconnaissance a eu lieu à partir des années 2010, notamment en Amérique du Sud (Argentine, Brésil, Chili, Bolivie, Pérou...). Au sein de l'Union européenne, seule la Suède a entrepris récemment cette démarche diplomatique, en 2014. Mais plusieurs Etats satellites de l'ancien bloc soviétique, devenus depuis des Etats membres de l'UE, figurent aussi dans cette liste (Bulgarie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Roumanie). Au total, 139 des 193 Etats membres de l'ONU reconnaissent aujourd'hui la Palestine comme un Etat souverain.

Pour Thomas Vescovi, cette reconnaissance "est avant tout symbolique". La plupart des pays qui n'ont pas pris cette décision sont membres de l'UE ou partenaires des Etats-Unis et ne souhaitent pas froisser leur allié, précisait en 2014 le Washington Post . A commencer par la France. Pourtant, dans une interview accordée le 23 novembre 1988 à Libération (retranscrite sur le site de l'Elysée), François Mitterrand expliquait ne pas être totalement opposé à cette idée, qui "ne pose aucun problème de principe" . Mais le président socialiste estimait aussi à l'époque que Paris ne pouvait pas reconnaître l'Etat palestinien tant qu'il n'exerçait pas une autorité réelle sur un territoire défini. Une décision rendue impossible par l'occupation et la colonisation des territoires palestiniens, notamment la Cisjordanie, par Israël.

Au début des années 2010, l'Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas a donc changé de stratégie. "Elle a fait le pari (...) de toquer à la porte de toutes les institutions internationales pour obtenir la reconnaissance d'un état de fait" des territoires palestiniens, décrypte Thomas Vescovi. Une requête pour devenir le 194e membre des Nations unies, formulée en 2011, a échoué dès les pourparlers, avec la menace d'un veto américain, rappelle Le Monde. Les Palestiniens ont alors sollicité un vote à l'Assemblée générale pour devenir, comme le Vatican, un Etat observateur non-membre des Nations unies. Quelques heures avant le scrutin, en 2012, Mahmoud Abbas a demandé à l'ONU "d'accorder un certificat de naissance de la réalité de la Palestine". Les Etats membres ont ensuite voté à une large majorité en faveur de la proposition.

Dans les faits, les pouvoirs de la représentation palestinienne à l'ONU, qui était déjà détentrice d'un statut d' "observateur permanent" en tant que simple "entité", restent identiques. Elle n'a pas le droit de voter à l'Assemblée générale des Nations unies ni de proposer des résolutions ou de candidater à des postes onusiens. La qualification d'"Etat", même observateur, a néanmoins des conséquences réelles, comme l'adhésion de la Palestine à d'autres organismes internationaux, notamment la Cour pénale internationale.

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