Norvège : le plus gros fonds souverain au monde se désengage des compagnies pétrolières

Le plus gros producteur d'hydrocarbures d'Europe de l'Ouest veut réduire sa vulnérabilité face à un recul permanent du prix du pétrole. 

La Norvège a annoncé désengager son fonds souverain des compagnies pétrolières, le 8 mars 2019. 
La Norvège a annoncé désengager son fonds souverain des compagnies pétrolières, le 8 mars 2019.  (NICOLAS MAETERLINCK / BELGA MAG / AFP)

Le plus gros fonds souverain au monde, celui de la Norvège, lui-même alimenté par des pétrodollars, va se désengager des compagnies pétrolières afin de réduire l'exposition du pays scandinave à l'or noir, a annoncé le gouvernement norvégien, vendredi 8 mars. Si cette proposition est dictée par des considérations financières et non environnementales, le désengagement d'un investisseur qui pèse plus de 1 000 milliards de dollars est néanmoins aussi perçu comme un grand coup porté aux énergies fossiles polluantes. Sauf coup de théâtre, elle devrait être adoptée sans problème par le Parlement où le gouvernement dispose de la majorité.

Réduire la vulnérabilité de l'Etat 

"Il s'agit de réduire et disséminer les risques" encourus face à un recul permanent du prix du pétrole, a expliqué la ministre des Finances, Siv Jensen, une décision qui fait suite à une recommandation en ce sens de la Banque de Norvège. Pour limiter – un peu – la vulnérabilité de l'Etat, la banque centrale préconisait de cesser de placer une partie de l'argent du fonds souverain dans des valeurs pétrolières comme c'est le cas aujourd'hui.

La Norvège est le plus gros producteur d'hydrocarbures d'Europe de l'Ouest. Pétrole et gaz naturel représentent près de la moitié des exportations et 20% des revenus de l'Etat, lesquels vont abonder le fonds souverain où Oslo pioche ensuite pour financer son budget.

Fin 2018, le fonds possédait pour environ 37 milliards de dollars d'actions dans le secteur pétrolier, avec des participations de poids dans Shell, BP, Total et ExxonMobil notamment. La proposition du gouvernement porte sur 7,5 milliards de ces actifs, a précisé Siv Jensen.

"Une onde de choc sur le marché" 

Vu les sommes en jeu, un désengagement devrait prendre du temps. Mais il pourrait faire des émules, tant les placements du fonds norvégien, qui détient l'équivalent de 1,4% de la capitalisation boursière mondiale, sont scrutés de près sur les marchés. 

"Si cela passe au Parlement, cela produira une onde de choc sur le marché, portant le plus grand coup à ce jour à l'illusion que le secteur des énergies fossiles a encore des décennies d'activité comme si de rien n'était", a réagi Yossi Cadan, un responsable de l'ONG 350.org. "La décision devrait être perçue comme une alerte rouge pour les banques privées et les investisseurs dont les actifs pétroliers et gaziers deviennent de plus en plus risqués et moralement intenables", a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le fonds norvégien avait déjà provoqué des secousses sur les marchés dans le passé en se retirant du secteur du charbon pour des raisons environnementales mais aussi financières.