La France, protectrice des chrétiens d'Orient

La France s’est historiquement toujours positionnée comme «protectrice» des chrétiens d’Orient, notamment ceux de l’empire turc. Pas toujours pour des raisons humanitaires. Aujourd’hui, l’action diplomatique de Paris cherche à s’inscrire dans cette tradition historique.

L\'église du Saint Sépulcre à Jérusalem. 
L'église du Saint Sépulcre à Jérusalem.  (WOJTEK BUSS / ONLY WORLD / ONLY FRANCE)
C’est d’ailleurs à la demande de la France que l’Onu s’est réuni pour étudier la situation des chrétiens d'Irak. au lendemain de l'avancée des djihadistes de l’EI (Etat islamique) sur la ville de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d’Irak. Une avancée qui aurait poussé sur les routes quelque 100.000 chrétiens, selon le patriarche chaldéen Louis Sako.

François 1er s’allie à Soliman
Les Occidentaux se sont tournés vers l'Orient dès le onzième siècle. L'idée du monde chrétien était officiellement de reprendre les lieux saints dominés par les musulmans.  Ce furent les croisades, qui, si l’on en croit l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf n’ont pas été très bénéfiques pour les chrétiens d’Orient. Un royaume franc occupa la région jusqu'à la victoire de Saladin. Depuis, la France (ou ses rois) a toujours cherché à avoir un œil sur cette région du monde. 


Louis IX écrivait déjà en 1250 aux maronites, les catholiques présents au Liban : «nous promettons de vous donner à vous et à votre peuple protection comme aux Français eux-mêmes», racontait dans son livre Une croix sur le Liban le journaliste Jean-Pierre Péroncel-Hugoz. 

Après la chute de Constantinople et la création de l'empire ottoman, les premières relations furent établies entre François Ier et Soliman le Magnifique. Le roi de France voulait nouer une alliance avec le sultan turc pour lutter contre la toute-puissance des Habsbourg, symbolisée par Charles Quint.

Un accord de paix est signé en 1535 entre les deux souverains. Cette alliance est renouvelée par les rois suivants. C’est à cette époque qu’on commence à parler des «capitulations» qui donnent au roi de France «les bases juridiques de la présence française dans le Levant». Ces accords permettent de sécuriser (fiscalement) les échanges entre les Français et les Turcs.

Afin de mieux légitimer ces accords, qui sont mal vus dans la chrétienté, 
«au début du XVIIe siècle, la France obtiendra l'autorisation de protéger les pèlerins chrétiens allant à Jérusalem, ce qui lui assurera un protectorat de fait puis de droit sur les catholiques, personnes et biens, des pays soumis au sultan, en particulier sur les Lieux saints. De ce jour date la tradition, constamment maintenue par tous les régimes que la France a connus, de défendre la cause des chrétiens d'Orient », écrit l'historien André Clot.

Soliman le Magnifique
Soliman le Magnifique (CHÂTEAU DE VERSAILLES / CHATEAU DE VERSAILLES / RMN-GRAND PALAIS)


L'expédition de 1860 ?
La France ne fut pas la seule à chercher des accords de ce type avec la Sublime porte, nom donné à l'empire turc. 
La Russie voulut aussi jouer sa partition, notamment avec les chrétiens orthodoxes (ce qui, au 19e siècle, fut une des causes de la guerre de Crimée). Mais ce ne fut plus tard que le régime des capitulations symbolisa l’affaiblissement de l’empire ottoman. A partir de 1840, dans le contexte de la compétition entre les puissances pour le démantèlement de l'Empire ottoman et pour la prise de possession des Lieux saints de la Palestine, le thème de la «protection» est devenu central. Il devint alors un prétexte pour intervenir dans les affaires ottomanes internes.

En 1860, la France de Napoléon III n’hésita pas à intervenir directement. À la suite de massacres de chrétiens dans le Mont-Liban (mars à juillet 1860) et à Damas (9 au 18 juillet), un corps expéditionnaire est envoyé dans le cadre d'un accord européen, en relation avec le sultan. Certains ont qualifié cette opération de première intervention ou ingérence humanitaire.

 

Cérémonie traditionnelle à Jérusalem avec le consul de France se rendant à l\'église du Saint Sépulcre.
Cérémonie traditionnelle à Jérusalem avec le consul de France se rendant à l'église du Saint Sépulcre. (AHMAD GHARABLI / AFP)


Le Liban et la France
L'opération valorisa l'image de la France dans le monde chrétien de l'empire ottoman. Une francophilie se développa notamment dans la région du Liban qui après l'intervention française obtint un statut particulier. Ce qui mettait en joie le très nationaliste Maurice Barrès qui qualifiait la région de «tête de pont importante».

La présence française se concrétisa dans les ambitions françaises de l'après-Premère guerre mondiale (qui vit l'Europe impuissante face au génocide des Arméniens), avec les suites du pacte Sykes-Picot. La France obtint un mandat sur la Syrie et le Liban, laissant l'Irak et la Palestine à la Grande-Bretagne. Clémenceau aurait d'ailleurs déclaré à l'époque «je ne suis pas très syriaque».

Aujourd'hui encore, la France a une place particulière dans la gestion des lieux saints. L'Express racontait en 2013 comment le consul de France à Jérusalem «en tenue d'apparat blanche» est accueilli à la basilique du Saint Sépulcre, «précédé par deux "kawas", des gardes en livrée de janissaires de l'époque ottomane portant sabre et bâton de cérémonie». Un «privilège qui n'est pas accordé aux autres diplomates laïcs».