Comment les djihadistes de l'EIIL utilisent Twitter

Messages, photos, vidéos, témoignages... les proches de l’EIIL (Etat islamique en Irak et au Levant), ISIS en anglais ou Dae'sh en arabe, se servent abondamment du réseau social Twitter pour faire passer leurs informations. Derrière la revendication califale, la modernité d’internet. Mais il faut rester prudent sur les messages qui circulent sur Internet.

Images de l\'EIIL saisies sur les réseaux sociaux.
Images de l'EIIL saisies sur les réseaux sociaux. (@twitter (via alarabiya))

Les photos ont fait le tour du monde. L'armée irakienne en pleine débandade et les images de massacres ont pour une bonne part marqué la progression éclair des djijhadistes de l'EIIL en Irak. Une progression symbolisée par la prise de Mossoul. Ces images ont été diffusées en primeur sur Twitter avant d'être récupérées par les grandes agences de presse. 
 
Tous les médias ont salué l'efficacité de la stratégie du mouvement islamiste sur la toile. Le Monde a même parlé de «djihad 2.0». Sur les réseaux sociaux, le mouvement djihadiste entend principalement communiquer sur ses succès militaires, son ambition politique et ses soutiens internationaux.

Image téléchargée à partir d\'un site internet islamiste et diffusée par l\'AFP montrant l\'assassinat de dizaines de détenus par des membres de l\'EIIL (14 juin 2014).
Image téléchargée à partir d'un site internet islamiste et diffusée par l'AFP montrant l'assassinat de dizaines de détenus par des membres de l'EIIL (14 juin 2014). (WELAYAT SALAHUDDIN / AFP)


Succès militaire et bain de sang
Alors que les forces irakiennes cédaient à l'offensive lancée le 9 juin, l'EIIL a mis en ligne les images de véhicules et de positions militaires saisies, ainsi que de brèves descriptions des combats.

Et quand l'EIIL a affirmé avoir exécuté des soldats dans la province de Salaheddine (nord), des images (vraies ou fausses) de ses combattants tirant sur des dizaines d'hommes face à terre dans des fossés peu profonds maculés de mares de sang ont été diffusées pour illustrer cet épisode terrifiant. Le mouvement djihadiste a même tout fait pour insister sur sa cruauté, montrant des crimes de guerre, visiblement assumés… sans que l’on puisse savoir si ces massacres de prisonniers sont réels ou non.

L’Agence France Presse (AFP), un des principaux fournisseurs de photos dans le monde, s’est interrogée sur la nécessité de reprendre ces images. «Il faut faire très vite», explique Patrick Baz, le responsable photo de l’agence pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. «Les liens peuvent disparaître d’un moment à l’autre. Et il arrive souvent à Twitter de supprimer des comptes au contenu violent», explique l’Agence dans son blog destiné à décrire sa façon de travailler.

«Ces photos sont les seuls témoignages disponibles. Certes, elles sont faites avant tout à des fins de propagande pour terroriser l’ennemi, mais il s'agit d'illustrations qui vont entrer dans l’histoire. Tout comme les images d’officiers nazis exécutant des résistants et des juifs», ajoute le responsable de l’agence. L’AFP a ensuite pu analyser les images. Elles montrent que tous les aspects cruels ou morbides ont été renforcés par les propagandistes. Comme s’il fallait qu’ils affirment davantage la dureté de leurs actions.

«Bien entendu, précise encore le rédacteur en chef technique Antonin Thuillier, le logiciel Tungstène (pouvant repérer les modification d'images, NDLR) n’est pas capable de détecter les mises en scène effectuées par les protagonistes eux-mêmes. Si les djihadistes ont décidé d’entasser là des corps provenant d’un autre endroit, ou bien si certains d’entre eux se sont couchés par terre et ont fait le mort pour rendre la scène encore plus effrayante, la machine ne le détectera jamais.» 

Image diffusée par Twitter affirmant montrer les combattants de l\'EIIL ouvrant la frontière entre l\'Irak et la Syrie (9 juin 2014).
Image diffusée par Twitter affirmant montrer les combattants de l'EIIL ouvrant la frontière entre l'Irak et la Syrie (9 juin 2014). (ALBARAKA NEWS/AFP)

Ambition politique
Après avoir pris le contrôle de la province septentrionale de Ninive, les images de bulldozers abattant la barrière de la frontière entre l'Irak et la Syrie sont venues souligner l'unification symbolique des deux pays, où l'EIIL veut établir un Etat islamique. Et sur Twitter a donné un grand écho à l'opération. Les #SykesPicotOver ont fleuri sur la toile. 

Un slogan qui a permis de donner un contenu politique plus large que le discours religieux traditionnel des djihadistes, ceux liés à al-Qaïda notamment. 

Selon Charles Lister, un chercheur invité au Centre Brookings de Doha, l'EIIL a fait des progrès en matière de propagande. «L'EIIL semble associer de manière de plus en plus efficace quantité et qualité», en la matière, dit-il. «Le flux constant de contenus et leur haute qualité donnent à ses sympathisants l'image d'un groupe très organisé et digne d'être rejoint.»

Soutien international
Les sites ou les comptes twitter favorables au mouvement djihadiste se font une joie de diffuser des images du monde entier de militants ou de sympathisants apportant leur soutien. Une communication qui tend à répercuter et amplifier l’éventuelle popularité du mouvement par rapport à ses concurrrents.

Dans le sens inverse, l'EIIL a su diffuser de très nombreuses images de ses actions réelles ou supposées. Un drapeau du mouvement est toujours présent sur les photos pour valoriser ses actions. On ne compte plus le nombre de comptes Twitter ou de sites qui diffusent les images attribuées à l'EIIL. 

Image postée sur Twitter montrant une «manifestation majestueuse de l\'Etat islamique dans la ville de Mossoul».
Image postée sur Twitter montrant une «manifestation majestueuse de l'Etat islamique dans la ville de Mossoul». (DR)

Selon le site du journal The Atlantic, ISIS (terme anglais de l'EIIL) est bien plus performant que d’autres groupes comme al-Nosra, le dépositaire de la marque al-Qaïda en Syrie. «Une analyse faite en février dernier montre qu'ISIS enregistrait quelque 10.000 mentions de son hashtag par jour, alors que les mentions concernant al-Nosra n’en obtiennent que 2.500-5.000.»
 
Outre Twitter, des sites internet relaient abondamment les communiqués des différents groupes sur le terrain.

Peter Singer, de la Brookings Institution, a même déclaré au site d'al-Arabya que «tout comme la guerre de Crimée a été la première guerre déclarée par le télégraphe et celle du Vietnam la première guerre télévisée, les guerres de Syrie et d'Irak, sont celles des médias en ligne».

Exemple de soutien international à L'EIIL, avec cette image censée venir d'Indonésie: