Arabie saoudite : Adel al-Jubeir, un ministre des Affaires étrangères de combat

Le procès de 32 chiites saoudiens accusés d’espionnage au profit de l’Iran s’est ouvert en Arabie saoudite. Un nouveau défi sur fond de rupture des relations diplomatiques avec Téhéran, à l’image de Adel al-Jubeir, le nouveau ministre saoudien des affaires étrangères, plus guerrier que diplomate, déterminé à faire reculer l'expansion de la République islamique tant en Syrie qu’au Yémen.

Le chef de la diplomatie saoudienne, Adel al-Jubeir, déclarant à l\'AFP, le 18 février 2016 à Ryad, que «l\'intervention militaire au Yémen se poursuivra jusqu\'à restauration du pouvoir légitime».
Le chef de la diplomatie saoudienne, Adel al-Jubeir, déclarant à l'AFP, le 18 février 2016 à Ryad, que «l'intervention militaire au Yémen se poursuivra jusqu'à restauration du pouvoir légitime». (FAYEZ NURELDINE / AFP)
Né le premier février 1962 à Almajmaah, une localité au nord de Ryad, Adel al-Jubeir, le nouveau chef de la diplomatie saoudienne, est en train d’insuffler un nouveau style au royaume.
 
A 54 ans, ce père de deux enfants, jeune, svelte, le visage glabre et souvent habillé à l’occidentale contraste avec la traditionnelle classe politique saoudienne. Scolarisé en Arabie Saoudite, en Allemagne, au Yémen, au Liban, il poursuivra ses études supérieures aux Etats-Unis, où il obtiendra un diplôme en sciences politiques et économiques en 1982 à l’université de North Texas et une maîtrise en relations internationales à l’université Georgetown en 1984.
 
Un cursus qui fait de lui un parfait trilingue, arabe, anglais et allemand et qui lui permettra d’exercer la fonction de porte-parole de l’ambassade saoudienne à Washington, puis de porte-parole du gouvernement saoudien en 1991, lors de la première guerre du Golfe.

Un rôle clé dans la stratégie de communication du royaume après le 11 septembre 
Il jouera un rôle clé dans la stratégie de communication du royaume auprès des Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center avant de gagner, en janvier 2007, ses galons d’ambassadeur durant huit ans.
 
Même s’il n’appartient pas à la famille régnante, son expérience diplomatique et médiatique l’impose aujourd’hui comme l'homme providentiel pour assurer la communication du royaume avec le reste de monde.
 
Nommé ministre des Affaires étrangères le 29 avril 2015, Adel al-Jubeir est ainsi chargé d’une mission des plus délicates au moment où son pays, haut-lieu de l’orthodoxie sunnite est aux prises avec la République islamique d’Iran, fer de lance de la grande minorité chiite de l’Islam.
 
Une situation qui ne semble pas l’impressionner, bien au contraire. Depuis la rupture des relations diplomatiques avec Téhéran à la suite du saccage de l’ambassade saoudienne, en représailles à l’exécution d’un dirigeant de l'opposition chiite saoudienne, il multiplie les interventions et les entretiens affichant plus la détermination d’un guerrier que d’un diplomate.

Svelte, glabre, habillé à l\'occidentale, Adel al-Jubeir, chef de la diplomatie saoudienne, arrivant à la Maison Blanche, le 17 juillet 2015 à Washington.
Svelte, glabre, habillé à l'occidentale, Adel al-Jubeir, chef de la diplomatie saoudienne, arrivant à la Maison Blanche, le 17 juillet 2015 à Washington. (MANDEL NGAN / AFP)

Objectif de Adel al-Jubeir, une Syrie débarrassée de Bachar al-Assad
En riposte à l’activisme iranien au Yémen et en Syrie, et au soutien militaire accordé par la Russie au régime de Bachar al-Assad, il ne cache plus l’objectif régional de Ryad : une Syrie débarrassée de Bachar al-Assad.
 
Après l’annonce des dispositions de l’Arabie saoudite à intervenir au sol en Syrie, dans le cadre de la coalition avec Washington, il prône désormais, dans son dernier entretien avec le magazine allemand Der Spiegel, la fourniture de missiles sol-air à l’opposition syrienne.
 
«Cela permettra à l’opposition modérée de neutraliser les hélicoptères et les avions qui larguent des produits chimiques et les bombardent», dit-il, estimant que cela changera aussi le rapport de force sur le terrain comme en Afghanistan.
 
Sur le régime syrien, Adel al-Jubeir se montre intraitable. Au Spiegel, comme à l’AFP, il réaffirme que le président n’a plus d’avenir. Pour lui, il y a deux moyens de résoudre la crise syrienne : un processus politique duquel Bachar al-Assad doit être exclu dès le début pour assurer «une transition avec moins de morts et de destructions».
 
«L’autre option, affirme-t-il,  est que la guerre va continuer et Bachar sera défait».  Pour lui, ni l’aide des Gardiens de la révolution iraniens, du Hezbollah libanais ou des milices chiites d’Irak, ni l’intervention de la Russie, ne réussiront à le sauver.
 
Adel al-Jubeir ne croit pas à une III° Guerre mondiale évoquée par Dmitri Medvedev
Optimiste sur le Yémen, où l’Arabie saoudite intervient «à la demande du gouvernement légal», précise-t-il, il estime que les forces loyalistes ont repris le contrôle de 75% du pays. Concernant le risque de III° guerre mondiale en Syrie évoqué par le premier ministre russe Dmitri Medvedev à Munich, il n’y croit pas et considère que c’est de la «sur-dramatisation».
 
Quant-à l’Iran, «s’il veut avoir de bonnes relations avec le royaume, il doit changer d’attitude et de politique. De simples mots ne feront pas l’affaire» prévient-il.
 
Un diplomate de combat donc, y compris lorsqu’il s’agit de défendre son pays contre les accusations de proximité du royaume wahhabite avec l’idéologie de Daech. Il dénonce ouvertement et sans fioritures  «une simplification excessive qui n’a aucun sens».
 
«Ces gens sont des criminels, des psychopathes, dit-il, recourant à une comparaison assez inattendue, l’Etat islamique est autant une organisation islamique que le Ku Klux Klan en Amérique est une organisation chrétienne. Ils ont brûlé les gens d’origine africaine sur des croix et disaient le faire au nom de Jésus-Christ» a-t-il répondu au Spiegel.

Les droits des femmes, une question, non de religion, mais sociétale 
Des propos à l’identique tenus auparavant lors de la conférence sur la sécurité à Munich, où il avait été interrogé également sur le statut des femmes dans son pays. Là encore il avait fait une réponse attestant d’un ton nouveau.
 
«La question de la conduite (d’une voiture) ou de l’éducation des femmes  n’est pas un problème de religion, a-t-il reconnu, mais un problème sociétal». Il s’est même félicité des progrès accomplis faisant passer la situation de «pas d’école pour les femmes en 1960 à 55% de population féminine aujourd’hui dans les collèges du royaume».

Moins diplomate que son prédécesseur Saoud al-Fayçal, Adel al-Jubeir fait en tout cas preuve d'une détermination à laquelle un projet d'attentat contre lui, attribué à l'Iran en octobre 2011, alors qu'il était encore ambassadeur à Washington, n'est sans doute pas étranger.