Même étroitement contrôlé, l'internet joue un rôle important dans le mouvement de protestation sociale en Tunisie

Plusieurs sites officiels étaient ainsi toujours bloqués jeudi 6 janvier par des cyber-attaques suite à un mot d'ordre répandu par les "Anonymous" ("Anonymes") qui ont récemment défendu WikiLeaks.Dans le même temps, les réseaux sociaux comme Facebook sont très largement utilisés.

Manifestation à Tunis le 27 décembre dernier. Le mouvement a été largement relayé par internet
Manifestation à Tunis le 27 décembre dernier. Le mouvement a été largement relayé par internet (AFP - FETHI BELAID)

Plusieurs sites officiels étaient ainsi toujours bloqués jeudi 6 janvier par des cyber-attaques suite à un mot d'ordre répandu par les "Anonymous" ("Anonymes") qui ont récemment défendu WikiLeaks.

Dans le même temps, les réseaux sociaux comme Facebook sont très largement utilisés.

Sur une population de 10 millions d'habitants, la Tunisie compterait 3,6 millions d'internautes, selon Reporters sans Frontières (RSF).

A l'intérieur du pays
La presse tunisienne a mis quatre ou cinq jours avant de parler de l'actuel . "Mais parallèlement, le net s'est mis à crépiter: de message en message, de page Facebook en blog de jeunes, l'info s'est rapidement répandue, avec des appels à la manifestation et des images, photos ou vidéo de la répression policière", rapporte le site de Radio France Internationale (RFI). Selon un blogueur tunisien resté anonyme et cité par RFI, "Facebook a fonctionné comme une trainée de poudre, en quelques heures, plusieurs villes du pays se sont mises dans le mouvement".

Dans un pays où sévit la censure, Facebook est ressenti comme un refuge et un espace de liberté, notamment parmi les jeunes diplômés, très souvent au chômage. "C'est là que nous trouvons l'info libre. Facebook nous redonne l'espoir dans un contexte de grande frustration", explique un jeune blogueur cité par le site de RFI. Selon le site Tunisie numérique, les internautes tunisiens sont "la communauté la plus connectée au Facebook dans l"Afrique du Nord". Pour cette raison, le gouvernement "n'a pas osé bloquer" ce réseau social comme il l'a fait par le passé, estime un blogueur tunisien cité par Rue88.

D'une manière générale, notent les observateurs, la Toile est devenue l'instrument d'une contestation qui paraît peu structurée et, pour l'instant, dépourvue de leadership. Grâce à internet, "on découvre une société civile vivante, en marge des partis politiques", note-t-on à la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), ONG basée à Paris. La Toile "a servi d'instrument de mobilisation de la société civile. C'est un moyen de communication qui dépasse celle des autorités", ajoute-t-on à la FIDH.

Pour l'instant, le pouvoir n'a donc pas réussi à faire un blackout total sur l'information comme au printemps 2008, lors des évènements du bassin minier de Gafsa (sud-ouest de la Tunisie), rapporte rue89. Il avait alors pu circonscrire à la région la révolte de la population en bloquant toute information sur les manifestations pour l'emploi et de meilleures conditions de vie.

A l'extérieur du pays
De nombreux sites officiels tunisiens, ou ceux de la banque Zitouna, étaient toujours inaccessibles jeudi 6 janvier. Ils sont en fait bloqués par des cyber-attaques répondant à un mot d'ordre répandu sur internet par les "Anonymous" ("Anonymes"). Lesquels se présentent comme un groupe d'internautes attachés à la liberté d'expression. Ces "anonymes" reprochent aux grands médias internationaux de ne pas évoquer suffisamment la situation en Tunisie. Ils avaient été associés à un élan de soutien au site WikiLeaks en partie privé de financement après qu'il révélé des milliers de télégrammes diplomatiques secrets du Département d'Etat américain.

Sur anonnews.org, forum en ligne pour les "hacktivists"
(contraction de hacker et activiste), les "Anonymous" ont publié une déclaration dans laquelle ils expliquent: "Le gouvernement tunisien veut contrôler le présent avec des mensonges et de la désinformation, pour contrôler le futur en dissimulant la vérité à ses citoyens. (...). Anonymous a entendu la demande de liberté des Tunisiens. (...) Toute organisation impliquée dans la censure sera visée, et ne sera pas en paix tant que le gouvernement tunisien n'entendra pas la demande de liberté de son peuple".

Plusieurs sites internet tunisiens non-officiels se sont faits l'écho de cette offensive, qui consiste à submerger de trafic les serveurs des sites visés. "Les attaques cybernétiques s'amplifient en ce début 2011 en Tunisie! Cinq sites gouvernementaux tunisiens, un site informationnel officiel et un site d"une banque islamique privée ont été piratés (...) par un groupe d'activistes plus ou moins organisés qui s'est déjà attaqué à Paypal et Mastercard", rapportait ainsi le site Tunisie numérique. Les organismes financiers Paypal et Mastercard avaient été attaqués par des internautes qui voulaient les "punir" d'avoir interrompu les financements de WikiLeaks.

Le contrôle du pouvoir
Si Facebook reste un espace de liberté, les autorités tunisiennes tentent de contrôler de près la Toile et ses accès. Selon RFI, elles ont ainsi réussi à "totalement" censurer Youtube, Twitter ou Dailymotion. A tel point que RSF classe la Tunisie parmi les "ennemis d'internet". "Internet, considéré comme une menace potentielle pour la stabilité et l'image du pays, est soumis à une censure pernicieuse. Un filtrage très strict, un harcèlement des opposants et une surveillance à la Big Brother, permettent de contrôler étroitement l'information", note le site de l'ONG.

"La bande passante appartient à l'Agence tunisienne d'internet (ATI), contrôlée par le gouvernement, qui impose un filtrage sévère. Des adresses URLs ainsi que des mots clés sont bloqués. Les 12 fournisseurs d'accès à internet, privés ou publics, sont tous contrôlés indirectement ou non par le régime" du président Ben Ali, poursuit le site de RSF. Dans le même temps, les boîtes e-mails et les sites, notamment ceux des opposants, sont contrôlés. Pourtant, officiellement, la censure ne concerne que le terrorisme et la pornographie.

Malgré cela, "la blogosphère tunisienne se révèle dynamique et capable de se mobiliser pour certaines causes", selon RSF. Les internautes savent ainsi se débrouiller en utilisant des "déviations", notamment des "proxies" (outils permettant de cacher l'origine d'une connexion, et notamment utilisés pour contourner la censure) temporaires. Résultat: "les autorités s'intéressent de près aux proxies", note RSF... "Sans attendre de nouvelles mesures, les activistes tunisiens ont commencé le développement de nouveaux moyens pour contourner la censure", précise le site du Monde. Un jeu du chat et de la souris à l'ère numérique, en quelque sorte...